François Coppée – Un accident

Saint-Médard, la vieille église de la rue Mouffetard, qu’ont jadis rendue si célèbre le diacre Pâris et les Convulsionnaires, est une très pauvre paroisse. Le « Faubourg Morceau », comme on dit par là, n’a pas beaucoup de religion, et le conseil de fabrique doit avoir assez de peine à joindre les deux bouts. Le dimanche, aux heures des offices, il y a bien peu de monde, et rien que des femmes, ou presque : une vingtaine de bourgeoises du quartier et des servantes en bonnet rond. Comme hommes, on n’y rencontre guère que trois ou quatre vieillards, à vestes de paysan, qui s’agenouillent à cru sur la pierre, auprès d’un pilier, leur casquette sous le bras, et roulent un gros chapelet entre leurs doigts en remuant les lèvres et en levant les yeux vers les ogives, avec des physionomies de donataires de vitrail.

Mais en semaine, plus personne. Les jeudis d’hiver, les bas côtés résonnent un instant d’un clapotis de galoches quand arrivent et s’en vont les élèves du catéchisme; quelquefois encore, une pauvresse à madras, traînant après elle un ou deux enfants et portant un nourrisson sur les bras, vient faire brûler un petit cierge sur l’if de la chapelle de la Vierge ; ou bien c’est, du côté des fonts baptismaux, des hurlements de nouveau-né qu’on baptise ; ou plus souvent, l’enterrement d’un misérable, une bière en sapin, recouverte d’un drap noir et posée sur deux tréteaux, qu’un prêtre bénit à la hâte, devant un très petit groupe de femmes, les hommes étant libres-penseurs et attendant la fin de la cérémonie devant le comptoir d’en face, où ils jouent des litres au tourniquet.

Aussi le vieil abbé Faber, l’un des vicaires de la paroisse, est-il sûr de ne pas trouver de pénitents, deux fois sur trois, auprès de son confessionnal, et n’a, la plupart du temps, à entendre que les aveux peu intéressants de quelques bonnes femmes. Mais c’est un homme de devoir, et les mardis, jeudis et samedis, à sept heures précises, il se rend régulièrement à la chapelle Saint-Jean, sauf à faire un bout de prière et à s’en retourner s’il n’y a personne.

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Un soir de l’hiver dernier, luttant contre une bourrasque avec son parapluie ouvert, l’abbé Faber remontait péniblement la rue Mouffetard pour aller à la paroisse, et, presque certain de se déranger inutilement, il regrettait, à part lui, le bon feu qu’il venait de quitter dans son petit logement de la rue Lhomond et le Bollandiste in-folio qu’il avait laissé ouvert sur la table, en posant dessus sa paire de lunettes. Mais c’était un samedi soir, jour où les vieilles veuves, qui grignotent leurs petites rentes dans les pensions bourgeoises d’alentour, viennent quelquefois chercher l’absolution, pour communier le lendemain. Le brave prêtre ne pouvait donc se dispenser de s’installer dans sa guérite de chêne et d’ouvrir, caissier, plein d’exactitude, ce guichet où les dévotes, pour qui la confession est une sorte de caisse d’épargne du paradis, font leur versement hebdomadaire de péchés véniels.

L’abbé Faber était d’autant plus fâché de sortir, que ce samedi-là était un samedi de paye et qu’ordinairement alors la rue Mouffetard grouillait de monde, et d’un monde assez mal disposé pour sa soutane. On a beau être un saint homme, il est peu agréable d’être forcé de baisser les yeux devant les regards malveillants et de se boucher les oreilles aux paroles injurieuses saisies au passage. Il y avait une certaine boutique de liquoriste que l’abbé redoutait particulièrement, une boutique toute flambante de gaz et lançant une odeur alcoolique par sa porte ouverte, d’où l’on pouvait voir une perspective de tonneaux ornés d’étiquettes : Absinthe, Bitter, Madère, Vermout, etc. Là, debout devant le « zinc », se tenait toujours une bande de gaillards à longue blouse et à haute casquette, qui saluaient le pauvre abbé, filant vite sur le trottoir, d’un « croua ! croua ! » tout à fait offensant.

Pourtant, ce soir-là, le mauvais temps faisant le désert dans la rue, l’abbé Faber arriva sans encombre à son église. II mouilla son index au bénitier, se signa, fit une brève révérence au maître-autel et se dirigea vers son confessionnal. Du moins, il n’était pas venu pour rien et un pénitent l’attendait.

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Un pénitent mâle ! C’était chose rare et exceptionnelle à Saint-Médard ; mais, en distinguant, à la lueur rouge de la lampe pendue à l’ogive de la chapelle, le court bourgeron blanc et les semelles à gros clous de l’homme agenouillé, l’abbé Faber songea que c’était quelque ouvrier ayant gardé sa foi de paysan et de bonnes habitudes de pratique religieuse. Sans doute la confession qu’il allait entendre serait aussi banale que celle de cette cuisinière de la rue Monge qui, après s’être accusée d’avoir fait danser l’anse du panier, se récriait toujours au seul mot de restitution. Le prêtre souriait même, en se souvenant de la formule sommaire employée par un faubourien qui venait lui demander un billet de confession pour se marier : « Je n’ai ni tué ni volé. Fouillez dans le reste. » Aussi le vicaire entra-t-il très tranquillement dans son confessionnal et, après s’être accordé une copieuse prise de tabac, ouvrit-il sans aucune émotion le petit rideau de serge verte qui fermait le guichet.

– Monsieur le curé, balbutia une voix rude qui s’efforçait de parler bas.

– Je ne suis pas curé, mon ami… Dites votre Confiteor et appelez-moi mon père. L’homme, dont l’abbé Faber ne pouvait pas voir le visage baigné d’ombre, ânonna lentement la prière qu’il semblait se rappeler avec difficulté, puis il reprit sourdement :

– Monsieur le curé… non… mon père… Enfin excusez-moi si je ne parle pas comme il faut, mais je ne me suis pas confessé depuis vingt-cinq ans, oui, depuis que j’ai quitté le pays… Vous savez ce que c’est… un homme, à Paris… Et puis je n’étais pas plus mauvais qu’un autre et je me disais : Le bon Dieu doit être un bon enfant… Mais aujourd’hui, ce que j’ai sur la conscience est trop lourd à porter tout seul, et il faut que vous m’écoutiez, monsieur le curé… J’ai tué un homme !

L’abbé sauta sur son banc. Un meurtrier ! Il ne s’agissait plus ici des distractions à l’office, des mauvais propos contre le prochain et autres bavardages de vieilles femmes qu’il écoutait d’une oreille distraite et qu’il absolvait de confiance. Un meurtrier ! Ce front qui était si près du sien avait conçu et porté la pensée d’un crime ; ces mains jointes sur son confessionnal étaient peut-être encore souillées de sang ! Dans son trouble, où il ‘y avait un peu de terreur, l’abbé Faber ne trouva que des paroles machinales :

– Confessez-vous, mon fils… La miséricorde de Dieu est infinie.

– Écoutez donc toute l’histoire, dit l’homme avec un accent où vibrait une profonde douleur. Je suis ouvrier maçon et suis venu à Paris, il y a plus de vingt ans, avec un « pays «, un camarade d’enfance… Nous avions déniché des nids et appris à lire à l’école ensemble. Quasiment un frère, quoi… Il s’appelait Philippe… moi je m’appelle Jacques… C’était un grand et beau garçon ; j’ai toujours été lourd et mal bâti… Pas de meilleur ouvrier que lui, tandis que je ne suis qu’un « sabot », et bon, et brave, et le cœur sur la main… J’étais fier d’être son ami, de marcher à côté de lui, fier qu’il me tapât dans le dos en m’appelant grosse bête… Je l’aimais parce que je l’admirais, enfin ! Une fois ici, quelle chance ! on nous embauche tous les deux chez le même patron… mais le soir, il me laissait seul, les trois quarts du temps ; il allait s’amuser avec les camarades… C’était bien naturel, à son âge… il aimait le plaisir, il était libre, il n’avait pas de charges, au lieu que moi, je ne pouvais pas… J’étais forcé d’épargner, car j’avais encore ma mère infirme au pays, à cette époque-là, et je lui envoyais mes économies… Pour lors, je prends mes habitudes chez une fruitière de la maison où je demeurais et qui mettait le pot-au-feu pour les maçons… Philippe ne dînait pas là, il s’était arrangé ailleurs ; et, pour dire le vrai, la cuisine n’était pas fameuse… Mais la fruitière était une veuve, point heureuse, à qui je voyais que ma pratique rendait service ; et puis, il faut être franc, j’étais tout de suite tombé amoureux de sa fille… Pauvre Catherine ! Vous saurez tout à l’heure, monsieur le curé, ce qu’il en est advenu… Je suis resté trois ans sans pouvoir lui avouer que j’avais de l’amitié pour elle ; je vous l’ai dit, je ne suis qu’un médiocre, ouvrier et le peu que je gagnais était à peine suffisant pour moi et pour ce que j’envoyais à la maman ; pas moyen de songer à s’établir… Enfin, ma brave femme de mère s’en alla au ciel, je fus un peu moins gêné, je mis quelque argent de côté, et, quand il me sembla qu’il y en avait assez pour me mettre en ménage, je parlai à Catherine de mon sentiment…

« Elle ne dit d’abord ni oui ni non. Parbleu ! je savais bien qu’on ne me sauterait pas au cou ; je n’avais rien d’un séducteur… Pourtant Catherine consulta sa mère, qui m’estimait comme ouvrier rangé, comme bon sujet, et le mariage fut convenu… Ah ! j’ai eu quelques heureuses semaines. Je voyais que Catherine ne faisait que m’accepter, qu’elle n’était pas entraînée vers moi ; mais comme elle avait bon cœur, j’espérais bien me faire aimer d’elle un jour, à force, à force !… Bien entendu que j’avais tout raconté à Philippe, que je voyais chaque jour sur le chantier, et quand Catherine fut ma promise, je voulus la lui faire connaître… Vous avez peut-être déjà deviné la suite, monsieur le curé… Philippe était bel homme, très gai, très aimable, tout ce que je n’étais pas, et sans le faire exprès, bien innocemment, il rendit Catherine folle de lui… Ah ! c’est un franc et honnête cœur que celui de Catherine, et dès qu’elle eut reconnu ce qu’elle éprouvait, elle me le dit tout de suite… Mais, là, tout de même, je n’oublierai jamais ce moment-là ! C’était le jour de la fête de Catherine et, pour la lui souhaiter, j’avais acheté une jeannette d’or que j’avais bien arrangée dans une boîte avec du coton… Nous étions seuls dans l’arrière-boutique et elle venait de me servir ma soupe. Je tirai ma boîte de ma poche, je l’ouvris et je lui montrai le bijou. Alors, elle fondit en larmes.

« – Pardonnez-moi, Jacques, me dit-elle, et gardez cela pour celle que vous épouserez… Moi, je ne peux plus devenir votre femme. J’en aime un autre… J’aime Philippe. »

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« Certes, j’ai eu du chagrin alors, monsieur le curé, j’en ai eu tout mon soûl. Mais que pouvais-je faire, puisque je les aimais tous les deux ? Ce que je croyais être leur bonheur, pardi ! les marier ensemble; et comme Philippe avait toujours fait un peu la fête et qu’il était près de ses pièces, je lui ai prêté mon magot pour s’acheter des meubles.

« Donc ils se marièrent et tout alla bien dans les premiers temps, et ils eurent un petit garçon, dont je fus le parrain et que je nommais Camille, en souvenir de ma mère. C’est peu après sa naissance que Philippe commença à se déranger. Je m’étais trompé sur son compte ; il n’était pas fait pour le mariage, il aimait trop le plaisir et la rigolade. Vous vivez dans un quartier de pauvres gens, monsieur le curé, vous devez connaître par cœur cette triste histoire-là… l’ouvrier qui glisse peu à peu dans la paresse et dans l’ivrognerie, qui tire des bordées de deux et trois jours, qui ne rapporte plus sa semaine et qui ne rentre au logis, tout vanné par la noce, que pour faire des scènes et pour battre sa femme. Eh bien, en moins de deux ans, Philippe était devenu un de ces malheureux-là. Dans les commencements, j’ai essayé de lui faire de la morale et quelquefois, rougissant dé sa conduite, il a tâché de se corriger. Mais ça ne durait pas longtemps… et puis mes remontrances ont fini par l’agacer, et lorsque j’allais chez lui et qu’il surprenait mon regard triste sur la chambre démeublée par le mont-de-piété et sur la pauvre Catherine, toute maigrie et pâlie par le chagrin, il devenait furieux… Un jour, il eut l’audace de me faire, à propos de sa femme, qui est honnête comme la bonne Vierge, une scène de jalousie, me rappelant que j’avais été amoureux d’elle autrefois, m’accusant de l’être encore, les bêtises et des infamies, quoi ! que j’aurais honte de répéter… An ! ce jour là, nous avons failli nous sauter à la gorge !… Je fis ce que, je devais faire ; je renonçai à voir Catherine et mon filleul, et quant à Philippe, je ne le rencontrai plus que par hasard, quand nous avions du travail sur le même chantier.

« Seulement, vous comprenez bien, j’avais trop d’affection pour Catherine et pour le petit Camille ; je ne pouvais pas les perdre de vue tout à fait. Le samedi soir, quand je savais que Philippe était parti avec des camarades pour boire sa paye, je rôdais dans le quartier, je rencontrais l’enfant, je le faisais causer et, s’il y avait trop de misère à la maison, il ne revenait pas les mains vides, vous sentez. Je crois que ce misérable Philippe savait que je venais en aide à sa femme, et qu’il fermait les yeux, et qu’il trouvait cela commode… Enfin j’abrège, car c’est trop affligeant. Des années ont passé, Philippe s’enfonçant toujours dans son vice ; mais Catherine, que j’ai secondée autant que j’ai pu, a élevé son fils, et c’est maintenant un beau gars de vingt ans, bon et courageux comme elle… Il n’est pas ouvrier, lui : il s’est instruit, il a appris à dessiner dans les écoles du soir, et il est maintenant chez un architecte, où il gagne d’assez bons gages. Aussi, quoique l’intérieur soit toujours bien attristé par la présence de l’ivrogne, ça va déjà mieux, car Camille est excellent pour sa mère ; et, depuis un an ou deux, quand je rencontrais Catherine – elle est bien changée, la pauvre femme ! – au bras de sen garçon habillé en monsieur, cela me réchauffait le cœur.

Mais, hier soir, en sortant de ma gargote, je rencontre Camille et, en lui donnant une poignée de main, – oh ! il n’est pas fier et il ne rougit pas de ma blouse tachée de plâtre, – je lui trouve l’air tout chose.

« – Voyons, qu’est-ce qu’il y a ?

– Il y a qu’hier j’ai tiré au sort, me répond-il, que j’ai amené le numéro 10, un de ceux qui vous envoient crever de la fièvre aux colonies avec les soldats de marine ; que, dans tous les cas, m’en voilà pour cinq ans, qu’il va falloir laisser maman seule, sans ressources, avec le père, – et qu’il n’a jamais tant bu, qu’il n’a jamais été plus méchant, – et qu’elle en mourra, mon parrain, et que les pauvres gens sont maudits ! »

« Ah ! j’ai passé une horrible nuit ! Songez donc, monsieur le curé, les vingt ans d’efforts de cette pauvre femme détruits en une minute, par la bêtise du hasard, parce qu’un enfant a fouillé dans un sac et y a pris un mauvais dé de loto ! Aussi, ce matin, j’étais voûté comme un vieux par une nuit blanche en me rendant à la maison que nous sommes en train de construire sur le boulevard Arago. On a beau avoir du chagrin, il faut travailler tout de même, n’est-ce pas ? Donc je grimpe tout là-haut, sur l’échafaudage, nous avons déjà monté la maison jusqu’au quatrième, – et je commence à poser mes moellons. Tout à coup, je me sens frapper sur l’épaule. C’était Philippe !… Il ne travaillait plus maintenant que par caprice, et il venait faire une journée pour gagner de quoi boire, apparemment. Mais le patron, ayant un dédit à payer s’il ne finissait pas la bâtisse à une date fixe, acceptait le premier venu.

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Je n’avais pas vu Philippe depuis assez longtemps et j’eus peine à le reconnaitre. Brûlé et séché par l’eau-de-vie, la barbe toute grise, les mains tremblantes, ce n’était plus qu’un vieillard, une ruine.

« – Eh bien, lui dis-je, l’enfant a donc tiré un mauvais numéro ?

« – Après ? me répondit-il d’une vois rauque, avec un méchant regard. Est-ce que tu vas aussi m’embêter avec ça, toi, comme Catherine et Camille ? … Le garçon fera comme les autres, il servira la patrie… Parbleu ! je sais bien ce qui les chiffonne, ma femme et mon fils… Si j’étais mort, il ne partirait pas… Mais, tant- pis pour eux ! je suis encore solide au poste et Camille n’est pas fils de veuve.

« Fils de veuve !… Ah! monsieur le curé, pourquoi a-t-il eu le malheur de dire ce mot là ? La mauvaise pensée m’est venue tout de suite, et elle ne m’a pas quitté pendant toute cette matinée où j’ai travaillé côte à côte avec ce malheureux. J’ai imaginé ce qu’allait souffrir la pauvre Catherine, quand elle n’aurait plus son garçon pour la nourrir et la protéger et qu’elle resterait toute seule avec ce misérable ivrogne, tout à fait abruti maintenant, devenu féroce, capable de tout… Onze heures sonnèrent à une horloge voisine et les compagnons descendirent tous pour déjeuner. Nous étions restés les derniers, Philippe et moi ; mais, en s’engageant sur l’échelle pour descendre, à son tour, ne voilà-t-il pas qu’il me regarde en ricanant et qu’il me dit avec sa voix éraillée par le fil-en-quatre :

« – Tu vois, on a toupied marin… Camille n’est pas près d’être fils de veuve, va ! »

Alors je reçus au cerveau comme un coup de sang et de colère ! Je saisis dans mes deux mains les montants de l’échelle à laquelle Philippe s’accrochait en criant : « A moi ! » et, d’un seul effort, je la fis basculer dans le vide.

« Il a été tué raide et l’on a cru à un accident, mais maintenant Camille est fils de veuve et il ne partira pas !…

« Voilà ce que j’ai fait, monsieur le curé, et ce que j’avais besoin de dire à vous et au bon Dieu. Je m’en repens et j’en demande pardon, c’est clair… Mais il ne me faudrait pas voir passer Catherine, dans sa robe noire, tout heureuse au bras de son fils ; je serais capable de ne plus regretter mon crime…

« Pour éviter ça j’émigrerai, je m’embaucherai pour l’Amérique.

« Quant à la pénitence… tenez, monsieur le curé, voici la jeannette d’or ? que Catherine m’a refusée quand elle m’a avoué qu’elle était amoureuse de Philippe ; je l’avais toujours gardée, en souvenir des seuls bons jours que j’aie eus dans ma vie… Prenez-la et vendez-la… l’argent sera pour les pauvres.

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Jacques se releva-t-il absous par l’abbé Faber ? Ce qui est certain, c’est que le vieux prêtre n’a pas vendu la jeannette d’or. Après en avoir versé le prix ou à peu près dans le tronc de l’église, il a suspendu le bijou, comme un ex-voto, sur l’autel de la chapelle de la Vierge, où il va souvent prier pour le pauvre maçon.