Jules Renard – La Demande

Dans la grande cour de la Gouille, Mme Repin lançait à sa volaille des poignées de grains. Ils s’envolaient régulièrement de la corbeille, suivant le rythme du geste, et s’éparpillaient en grésillant sur le sol dur. La fine musique d’un trousseau de clefs entrechoquées montait de l’une des poches du tablier.

En faisant des lèvres :
« Cht ! cht ! » et même à grands coups de pieds, Mme Repin écartait les dindes voraces. Leurs crêtes bleuissaient de colère, et leurs demi-roues rayonnaient aussitôt avec une sorte de détonation et brusque développement d’un éventail qui s’ouvre entre les doigts d’une dame nerveuse.

M. Repin apparut sur la route, le pas accéléré. Le jet de grains fut comme coupé, les clefs se turent, et les poules inquiètes se bousculèrent un instant, à cause de l’allure inaccoutumée de M. Repin.

– Quoi donc ? demanda la fermière.

M. Repin répondit :

– Gaillardon en prend une !

– Une poule ?

– Fais donc la niaise : une de nos filles. Il vient déjeuner dimanche.

Dès que ces demoiselles apprirent la nouvelle, Marie, la plus jeune, embrassa d’une façon turbulente sa grande soeur :

– Tant mieux, mon Henriette, tant mieux !

Elle était heureuse du bonheur de son aînée d’abord, et un peu pour elle, car M. Repin avait toujours dit, presque en chantonnant :

– Quand deux filles sont à marier, c’est l’aînée qui va devant, la cadette suit derrière !

Or, Henriette n’avançait pas vite, et Marie songeait que si elle ne se mettait pas en tête, on n’arriverait jamais, peut-être. On disait d’Henriette, au premier coup d’oeil :

– C’est une oie !

– Oui, mais elle n’est pas méchante.

– Il ne manquerait plus que cela !

En outre, elle était trop grande. Sa taille effrayante intimidait les hommes. Elle était aussi trop rouge, et, la figure couverte de taches ardentes, elle faisait à toute heure l’effet de s’être débarbouillée en gavant, avec du son délayé, des volailles de concours. Elle avait vingt-cinq ans. M. Gaillardon était un fermier des environs, très à l’aise et déjà en pleine maturité. Henriette n’avait pas à faire d’objection. Du reste, elle n’en cherchait point, mais, effarouchée et gauche elle n’osait accepter avec une joie bruyante un bonheur qui pouvait encore lui échapper et qu’elle n’attendait plus.

Marie, la jolie brune au teint blanc, avait beau lui dire :

– Quelle veine ! mais ris donc, veux-tu bien rire !

Elle ne riait pas, tout près de trouver sa cadette insupportable ; elle aurait voulu être un peu seule, avec les quelques idées, très rares et nouvelles, qui mettaient tant de désordre dans sa tête, et, comme elle connaissait bien l’opinion du monde, elle ne voulait pas croire à tant de chance, et elle s’avouait intérieurement :

– Non, ce n’est pas possible, je suis trop bête, trop oie.

– Allons, bon, voilà que tu pleures, maintenant !

– C’est rien, c’est les nerfs.

Au déjeuner du dimanche, quand on passa à table, Mme Repin dit :

– Où donc que vous allez vous mettre, monsieur Gaillardon ?

– Moi, oh ! ça m’est égal, où vous voudrez.

– Il serait peut-être mieux de vous mettre à côté de mes filles, mais en faisant le service, elles vous dérangeraient.

– Oh ! non, elles ne me dérangeraient pas.

– Et si des fois, en apportant les plats, elles renversaient de la sauce sur votre veste ?

Il se mit à rire :

– Ah ! par exemple, ceci ne serait point à faire.

– Dame, mettez-vous où vous voudrez !

– Non, non, où vous voudrez, vous. Moi, je vous dis, ça m’est égal.

Mme Repin, perplexe, et la peau du front contractée, recomptait les couverts, haussait les épaules, et s’égarait dans ses calculs.

En attendant sa décision, tous, debout, l’estomac vide, tambourinaient des doigts sur le dossier de leur chaise, prêts à s’élancer, au moindre commandement, pour s’asseoir.

Enfin, elle reprit :

– Voyez-vous, j’ai peur à cause de la sauce ; un malheur peut arriver. Comment faire ?

Irrésolue et prise au dépourvu, elle consulta ces demoiselles, qui répondirent l’une :

– Oh ! ça m’est égal.

Et l’autre :

– Oh ! ça m’est égal.

Non qu’elles fussent indifférentes, mais elles ignoraient les propos du grand monde.

– Tiens, femme, tu nous ennuies. En voilà, des manières. Asseyez-vous là, monsieur Gaillardon, à côté de moi ; et les autres arrangez-vous. Après tout, vous êtes de la famille, et si vous n’en êtes pas, vous en serez.

Quel homme rond que M. Repin, rond comme la terre !

– A la bonne heure ! au moins, vous comprenez les affaires, dit M. Gaillardon.

Il allait s’asseoir, mais il n’avait pas encore eu l’occasion de poser son chapeau quelque part. Il chercha des yeux un clou pour le pendre. N’en découvrant pas, comme aucune de ces dames ne s’offrait pour le débarrasser en disant : «Donnez donc, donnez donc,» il dut le poser une chaise.

Il aimait les plats cuits à point et plut tout de suite à M. Repin. Tous les deux étaient à peu près également chauves, mais grâce à sa barbe blanche et longue, M. Repin l’emportait en autorité sur son futur gendre. D’ailleurs, il parlait haut, un peu fier d’avoir un domicile. Ils causèrent boeufs longuement, et tombèrent d’accord, au bout de mutuelles concessions, qu’il faut qu’un boeuf vendu paie son engrais à raison de un franc par jour ; et encore, ce n’est pas beau ! On fait ses frais, voilà tout.

Au dessert, quand il trouva un moment pour faire tourner ses pouces sur son ventre, M. Gaillardon se hasarda à regarder Mlle Marie. Sans doute, il n’osait pas regarder tout d’abord et franchement comme un effronté, Mlle Henriette.

Du moins, cela parut évident à tous.

Henriette le comprit si nettement qu’elle baissa les yeux de confiance. Le regard n’allait pas à elle, mais il était pour elle. Au contraire, Marie, n’étant point en cause ne jugeait pas convenable de s’intimider, et la tête haute, oeil pour oeil, elle dévisageait M. Gaillardon, ce qui achevait de le troubler.

Bien entendu, et conformément aux habitudes prudentes de gens qui n’abordent que le plus tard possible les sujets graves, il ne fut pas question de mariage ce jour-là.

Un autre dimanche passa, et rien ne se conclut. Mme Repin s’impatientait. Il est bon de prendre des précautions, jusqu’à un certain point, toutefois. Outre qu’on ne déjeune pas pour rien à la campagne, comme à Paris, où chacun sait que certains restaurants donnent à manger à des prix si réduits ! Peut-être M. Gaillardon espérait-il causer auparavant avec la jeune fille.

Aussi, le dimanche suivant, quand M. Repin dut quitter la table, au dessert, pour aller voir une bête à cornes qui s’était cassé la jambe, Mme Repin, habile et audacieuse, sortit, passa dans la cuisine, appela Marie, et laissa son Henriette en tête à tête avec M. Gaillardon. Celui-ci, tout d’abord, attendit leur retour. Comme elles tardaient, il chercha à s’occuper et débourra soigneusement sa pipe, en lui enfonçant dans le tuyau, jusqu’à la gorge, une aiguille à tricoter.

Henriette, ses fortes mains étalées sur ses genoux, gardait son immobilité, dans un coin, la tête penchée, le souffle doux, rouge autant que l’occasion l’exigeait. M. Gaillardon se leva et se promena d’une fenêtre à l’autre. Il s’aperçut que le temps allait se gâter sûrement, et, comme il voulait être de retour chez lui avant l’orage il appela ces dames pour leur dire au revoir.

Dès qu’il fut parti, Mme Repin demanda :

– Qu’est-ce qu’il t’a dit, mon Henriette ?

– Il m’a rien dit.

C’était trop fort ! Une semblable indifférence stupéfia M. Repin lui-même. Il fut d’avis qu’il fallait renouveler l’essai.

Donc, au premier déjeuner, le café pris d’une manière hâtive, M. Repin, sous le prétexte d’une course pressée, se leva de table. Mme Repin et Mlle Marie disparurent vite dans la cuisine. Mais, cinq minutes après, M. Gaillardon les rejoignait :

– Est-ce que je vous fais peur ? dit-il à Mlle Marie.

Elle était à ce point interdite qu’elle ne trouva rien à répondre.

– Faudrait, pourtant vous habituer à moi, ajouta M. Gaillardon.

Mme Repin intervint.

– C’est comme ça que vous laissez mon Henriette ?

– Oh ! j’ai bien le temps de la voir, elle.

Mme Repin dit finement :

– Ça, c’est vrai.

Mais, réflexion faite, elle trouva que de la part d’un prétendu ce n’étaient point des choses à avouer. Toujours hardie, elle le prit par le bras, le ramena de force à la salle à manger et dit :

– Laissez-nous donc voir un peu tranquilles. Nous avons à travailler, Henriette n’a rien à faire ; bavardez avec elle, allez.

Et elle referma la porte sur lui, bruyamment.

Dès son départ, qui d’ailleurs ne se fit pas longtemps attendre, Mme Repin et Mlle Marie, anxieuses, interrogèrent encore Henriette.

– Qu’est-ce qu’il t’a dit, mon Henriette ?

– Il m’a rien dit.

Mme Repin et sa fille cadette se regardèrent :

– Eh bien, tu crois ! eh bien, tu crois !

Décidément, cet homme têtu leur ferait passer de mauvaises nuits. M. Repin dut s’en mêler directement. Il entra en scène, avec énergie, c’était le plus sûr moyen, en offrant à M. Gaillardon un verre de vieille fine, c’était le meilleur moment.

– Voyons, dit-il, nous fixons le jour ?

– Enfin, dit Gaillardon, vous y voilà. Je n’osais pas vous le dire, mais, sans reproche, je commençais à trouver le temps long. Toutefois, on est bien éduqué ou on ne l’est pas.

– Très bien, dit M. Repin ; alors, prenons le 27 octobre, ça vous va-t-il ?

– Si ça me va !

Et le beau-père et le gendre approchèrent leurs verres de fine, en ayant soin de ne pas les entrechoquer, de peur d’en renverser des gouttes. M. Repin se tourna vers sa femme, et, le torse droit, la main gauche en grappin sur la cuisse :

– Bourgeoise, qu’est-ce que tu avais donc l’air de dire ? Voilà comment on arrange les choses : les simagrées ne servent à rien.

M. Gaillardon réclama l’honneur et le plaisir d’embrasser ces dames. Elles s’essuyèrent les lèvres, se levèrent avec minauderie et se placèrent sur un rang. M. Gaillardon commença la tournée. Il termina par Mlle Marie. Elle fut obligée de le repousser, car il doublait sa part. Sa joue était d’un rouge écarlate à l’endroit où son beau-frère venait de l’embrasser.

– Ne vous gênez pas, qu’est-ce que va dire ma soeur ?

Ému, comme au jour de sa première communion, le fiancé chercha des mots d’excuses, puis, saisissant la main de M. Repin, il dit :

– Mon cher papa, merci.

Leurs têtes chauves se trouvaient à niveau. Qui était le «cher papa» ? Il eût fallu regarder de bien près. L’émotion gagna toute la société. M. Repin, désignant sa femme en larmes, disait :

– Regardez-la donc, est-elle bête à son tour, il brusqua les choses.

– Il se fait tard. Allez-vous-en, à dimanche. Venez de bonne heure, nous jouerons à la «gadine».

Dans la cour, un cabriolet attendait. Le domestique, la blouse gonflée, avait peine à contenir, à coups de guides, la lourde jument aux jambes poilues. M. Gaillardon mettait un pied sur le marchepied, frappant de l’autre talon de violents coups sur le sol pour se hisser jusqu’au siège. Mais la jument remuante lui donnait bien du mal. Il sautillait, tournant encore la tête du côté de sa nouvelle famille.

– Au revoir, bien le bonsoir !

Henriette était en arrière avec sa mère.

M. Repin se trouvait tout près, donnant le bras à Marie, et disait :

– Ah ! Marie, à ton tour, maintenant. Voilà Henriette bien lotie, il faudra qu’on pense à toi.

– Comment ça ? dit M. Gaillardon, qui dansait encore sur un pied.

– Dame, vous vous en moquez, maintenant que vous avez ce qu’il vous faut.

– Mais pardon, mais pardon, dit M. Gaillardon, faites excuse, je ne comprends pas…

– Mais montez donc ; ce n’est pas votre affaire. Vous allez pourtant finir par vous faire écraser, dit M. Repin.

Et donnant un bon coup d’épaule à l’arrière-train de son gendre, il le poussa de force dans le cabriolet.

La jument sentit que le poids était au complet et parti au grand trot, cinglée par le domestique à la blouse ballonnante. Longtemps les Repin virent M. Gaillardon agiter les bras de leur côté, comme lorsqu’on veut marquer une grande surprise. Ils se demandaient :

– Mais qu’est-ce qu’il a donc, mais qu’est-ce qu’il a donc ?

Puis, tout à la joie, on ne se demanda plus rien.

Mais quand, une nouvelle fois, M. Gaillardon se laissa tomber du cabriolet, il leur revint qu’il les avait quittés drôlement, et M. Repin prit encore sur lui d’arranger les choses, au dessert s’entend.

– Qu’est-ce que vous aviez donc l’autre jour, sur l’adieu ?

– J’avais, dit M. Gaillardon, ce que j’ai encore.

A ces mots, les cuillers, qui mélangeaient dans des assiettes à fleurs le fromage blanc, l’échalote et la crème, s’immobilisèrent soudain.

– Ah ! ah !

– Voyons, du calme, dit M. Repin, qu’est-ce qu’il y a ?

– Il y a, dit M. Gaillardon, il y a qu’il y a maldonne. Voilà ce qu’il y a.

– Maldonne !

– Parfaitement.

M. Repin regarda sa femme et ses deux filles, qui, le buste écarté de la table, le regardaient. Il dit :

– Comprends pas, et vous ?

Celles-ci firent signe de la tête :

– Ni nous !

– C’est pourtant bien simple. Il y a que je vous ai demandé l’une de vos filles, et que vous m’avez donné l’autre. Vous me direz ce que vous voudrez, mais il me semble que ce n’est pas d’un franc jeu.

M. Repin leva les bras, les abaissa, siffla du bout des lèvres.

– Pu tu tu u u.

Il atteignit l’extrême de l’étonnement. Ces dames ne firent pas un geste, atterrées. Selon la méthode ancienne, le silence, prince des situations fausses, régna. Enfin M. Repin parvint à parler :

– Il fallait le dire, il fallait le dire !

Mme Repin, un moment déconcertée, renonça à se contenir davantage.

– Comment, ce n’est notre Henriette que vous nous avez demandée ?

– Pas du tout, c’est Mlle Marie.

M. Gaillardon, ayant chiffonné sa serviette entre ses doigts, l’écrasa sur la table, se leva et marcha d’une fenêtre à l’autre et inversement, d’un pas inégal, avec une grande agitation. Ses bretelles étaient un peu anciennes et mollissaient. Son pantalon tenait mal.

Il le relevait d’un mouvement brusque, puis se croisait les mains derrière le dos, Ces demoiselles, bouche bée, attendaient la suite.

– Femmes, du calme, dit M. Repin, de la dignité. Ne nous emportons pas comme des libertins.

Sa recommandation était superflue. Personne ne songeait à s’emporter. Seulement on se trouvait aux prises avec une difficulté inattendue. Il s’agissait de la tourner avec tranquillité et prudence, comme un arbre qui, déraciné par le vent, barre la route. M. Repin se leva également et commença une promenade à l’exemple de M. Gaillardon, mais en sens opposé. Au troisième croisement :

– Monsieur, dit-il, je ne vous dirai pas que je suis surpris, je suis étonné, profondément étonné, mais, après tout, rien n’est fait, et du moment que vous reprenez votre parole, nous vous la rendons.

Il était presque distingué, ayant parlé un jour, en personne, au préfet, et la gravité du cas lui faisait trouver des phrases correctes.

– Oh ! je ne réclame rien, dit M. Gaillardon, en frappant l’air de son bras comme d’un fouet. C’est fait, c’est fait, tant pis pour moi !

Tout à coup on entendit des sanglots, et Henriette, en larmes, les mains sur les yeux pour cacher son visage, dit convulsée :

– Mais je ne tiens pas tant que cela à me marier, moi ; s’il aime mieux ma soeur, qu’il prenne ma soeur.

– Ça, jamais, déclara M. Repin ; j’ai toujours dit que tu te marierais la première, la première tu te marieras.

Mme Repin semblait aussi opiniâtre, mais Henriette vint embrasser son père et lui dit :

– Je t’assure, mon papa, que j’ai bien le temps de me marier.

– Bien le temps, mais tu ne sais donc pas que tu as vingt-cinq ans, presque vingt-six !

– Si, si, mais vois-tu, j’aime mieux attendre encore un petit peu.

Elle le suppliait, pleurante, avec des hoquets, le dominant de tout son buste de géante, et sa voix, pauvre et honteuse de se faire entendre, semblait une voix amincie entre ses dents comme par un laminoir.

– C’est honnêtement parlé, dit M. Gaillardon.

Il lui prit les deux mains et les serra avec vigueur. Elle se laissa faire, apparemment sans rancune, tant elle trouvait simple que la chance, un moment égarée de son côté, reprît le bon chemin pour aller ailleurs, vers les autres. Mme Repin céda la première.

– Si elle n’y tient pas, faut pourtant pas la forcer !

– Possible ! elle est libre. Mais on ne peut toujours pas donner sa soeur à ce monsieur dont tu ne veux point, dis voir, Marie ?

– Oh ! moi, répondit Marie, ça m’est égal. Faites comme vous voudrez, comme ça vous fera plaisir à tous.

– Sûrement, dit Mme Repin? si ce monsieur s’en retourne chez lui les mains vides, on va causer.

M. Gaillardon approuva.

– Voyons, mon cher papa !

– Connu, dit M. Repin, on ne prend pas les mouches avec du vinaigre, mais je ne veux pas encore donner dans le panneau et, pour commencer, faites-moi le plaisir de ne point m’appeler : «cher papa», du moins avant d’avoir tout réglé convenablement et solidement, cette fois. Voyons, parlons franc et le coeur sur la main. (Il levait et étendait sa main à hauteur du menton, les doigts joints, la paume en creux, comme si son coeur allait sauter dedans). C’est bien ma fille cadette, Marie, la brune, âgée de vingt-deux ans, que vous me demandez en mariage ?

– Tout juste.

– Je vous la donne, mais vous allez signer un papier comme quoi, si vous changez encore une fois d’idée, vous me donnerez une paire de boeufs, des boeufs fameux, oui-da, des boeufs de mille.

– Soit, c’est dit.

– Alors donc, adjugée la cadette.

De nouveau leurs têtes chauves se rapprochèrent, leurs mains s’étreignirent et leurs visages se rassérénèrent comme des ciels. Puis Marie embrassa sa grande soeur Henriette, et à son tour pleura.

– Ma pauvre soeur, quand j’y pense ! Écoute, va, tu peux être sûre que je n’y pensais pas. Qu’est-ce que vous voulez, on pourra dire que si je me suis mariée avant toi, je ne l’ai pas fait exprès.

– C’est bon, c’est bon, dit M. Repin, pas tant de giries. Henriette n’attendra pas longtemps, marche, je vais lui en trouver un en ne tardant guère, et un crâne encore !

Il frappait amicalement de petits coups sur l’épaule, puis sur la joue de son Henriette. Celle-ci, les yeux rouges encore et les cils tout humides, toutes les taches de sa peau de rousse en feu, s’efforçait de sourire.

– Mais oui, mais oui, papa, dit-elle, en retenant ses larmes et en gardant pour elle, en dedans, la grosse peine qui gonflait, gonflait sa poitrine énorme jusqu’à menacer de l’étouffer.

– Ah ! pour ça, dit M. Gaillardon, mon cher papa, je suis votre homme. J’ai justement un ami qui en cherche une ; elle va joliment bien faire son affaire !

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