Friedrich Gottlieb Klopstol – Les Constellations – Traduit par Gérard de Nerval

Tout chante ses louanges, les champs, les forêts, la vallée et les montagnes: le rivage en retentit; la mer tonne sourdement le nom de l’éternel, et l’hymne reconnaissant de la nature peut à peine monter jusqu’à lui.

Et sans cesse elle chante celui qui l’a créée, et du ciel à la terre, partout sa voix résonne: parmi l’obscurité des nuages le compagnon de l’éclair glorifie le Seigneur sur la cime des arbres (altro…)

Friedrich Gottlieb Klopstol – Ma Patrie – Traduit par Gérard de Nerval

Comme un fils qui n’a vu s’écouler qu’un petit nombre de printemps, s’il veut fêter son père, vieillard à la chevelure argentée, et tout entouré des bonnes actions de sa vie, s’apprête à lui exprimer combien il l’aime avec un langage de feu;

Il se lève précipitamment au milieu de la nuit; son âme est brûlante: il vole sur les ailes du matin, arrive près du vieillard, et puis a perdu la (altro…)

Victor Hugo – A un traducteur d’Homère

Les grands poëtes sont comme les grandes montagnes, ils ont beaucoup d’échos. Leurs chants sont répétés dans toutes les langues, parce que leurs noms se trouvent dans toutes les bouches. Homère a dû, plus que tout autre, à son immense renommée le privilège ou le malheur d’une foule d’interprètes. Chez tous les peuples, d’impuissants copistes et d’insipides traducteurs ont défiguré ses poëmes; et depuis Accius Labeo, qui s’écriait:

    Crudum manduces Priamum Priamique (altro…)

Victor Hugo – Sur André Chenier

1819.

Un livre de poésie vient de paraître, et, quoique l’auteur soit mort, les critiques pleuvent. Peu d’ouvrages ont été plus rudement traités par les connaisseurs que ce livre. Il ne s’agit pas cependant de torturer un vivant, de décourager un jeune homme, d’éteindre un talent naissant, de tuer un avenir, de ternir une aurore. Non, cette fois, la critique, chose étrange, s’acharne sur un cercueil! Pourquoi? En voici la raison en (altro…)

Victor Hugo – Satiriques et moralistes

Celui qui, tourmenté du généreux démon de la satire, prétend dire des vérités dures à son siècle, doit, pour mieux terrasser le vice, attaquer en face l’homme vicieux; pour le flétrir, il doit le nommer; mais il ne peut acquérir ce droit qu’en se nommant lui-même. De cette manière il s’assure en quelque sorte la victoire; car, plus son ennemi est puissant, plus il se montre courageux, lui, et la puissance (altro…)

Victor Hugo à ses concitoyens

Mes concitoyens,

Je réponds à l’appel des soixante mille électeurs qui m’ont spontanément honoré de leurs suffrages aux élections de la Seine. Je me présente à votre libre choix.

Dans la situation politique telle qu’elle est, on me demande toute ma pensée. La voici:

Deux républiques sont possibles.

L’une abattra le drapeau tricolore sous le drapeau rouge, fera des gros sous avec la colonne, jettera bas la statue de Napoléon et dressera la statue de (altro…)

Anatole France – Mérimée

[Note 6: Prosper Mérimée, étude biographique et littéraire, par le comte d’Haussonville, de l’Académie française. Calmann Lévy, éditeur.]

En publiant une étude biographique sur l’auteur de Colomba, M. d’Haussonville a prouvé une fois de plus qu’il sait être équitable envers ceux-là même dont il ne partage ni les idées ni les sentiments. On sait que M. d’Haussonville n’a pas de souci plus grand que celui de la justice. Sa foi religieuse, ses (altro…)

Anatole France – M. Guy de Maupassant critique et romacier

M. Guy de Maupassant nous donne aujourd’hui, dans un même volume[4] trente pages d’esthétique et un roman nouveau. Je ne surprendrai personne en disant que le roman est d’une grande valeur. Quant à l’esthétique, elle est telle qu’on devait l’attendre d’un esprit pratique et résolu, enclin naturellement à trouver les choses de l’esprit plus simples qu’elles ne sont en réalité. On y découvre, avec de bonnes idées et les meilleurs instincts, (altro…)

Anatole France – Gustave Flaubert à propos de sa correspondence

[Note 3: À propos de sa Correspondance. In-18, Charpentier, éditeur]

C’était en 1873, un dimanche d’automne. J’allai le voir tout ému. Je me tenais le coeur en sonnant à la porte du petit appartement qu’il habitait alors rue Murillo. Il vint lui-même ouvrir. De ma vie je n’avais vu rien de semblable. Sa taille était haute, ses épaules larges; il était vaste, éclatant et sonore; il portait avec aisance une espèce de (altro…)

Anatole France – La Presse

Ce soir-là, M. Bergeret reçut, dans son cabinet, la visite de son collègue Jumage.

Alphonse Jumage et Lucien Bergeret étaient nés le même jour, à la même heure, de deux mères amies, pour qui ce fut, par la suite, un inépuisable sujet de conversations. Ils avaient grandi ensemble. Lucien ne s’inquiétait en aucune manière d’être entré dans la vie au même moment que son camarade. Alphonse, plus attentif, y songeait avec contention. (altro…)

Anatole France – Allocutions

ALLOCUTION PRONONCÉE A LA FÊTE INAUGURALE DE L’ÉMANCIPATION UNIVERSITÉ
POPULAIRE DU XVe ARRONDISSEMENT LE 21 NOVEMBRE 1899.

Citoyennes et citoyens,

L’association que nous inaugurons aujourd’hui est formée pour l’étude. Ce sont des hommes qui se réunissent pour penser en commun. Vous voulez acquérir des connaissances qui donneront à vos idées de l’exactitude et de l’étendue et qui vous enrichiront ainsi d’une richesse intérieure et véritable. Vous voulez apprendre pour comprendre et retenir, au rebours (altro…)

Anatole France – Roupart

M. Bergeret aimait et estimait hautement les gens de métier. Ne faisant point de grands aménagements, il n’avait guère occasion d’appeler des ouvriers; mais, quand il en employait un, il s’efforçait de lier conversation avec lui, comptant bien en tirer quelques paroles substantielles.

Aussi fit-il un gracieux accueil au menuisier Roupart qui vint, un matin, poser des bibliothèques dans le cabinet de travail.

Cependant, couché à sa coutume, au fond du fauteuil de (altro…)

Anatole France – Clopinel

C’était le premier jour de l’an. Par les rues blondes d’une boue fraîche, entre deux averses, M. Bergeret et sa fille Pauline allaient porter leurs souhaits à une tante maternelle qui vivait encore, mais pour elle seule et peu, et qui habitait dans la rue Rousselet un petit logis de béguine, sur un potager, dans le son des cloches conventuelles. Pauline était joyeuse sans raison et seulement parce que ces jours (altro…)

Gustave Flaubert – Un coeur simple

I

Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont l’Evêque envièrent à Mme Aubain sa servante Félicité.

Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidèle à sa maîtresse, — qui cependant n’était pas une personne agréable.

Elle avait épousé un beau garçon sans fortune, mort au commencement de 1809, en lui laissant deux enfants très (altro…)

Horacio Quiroga – La gallina degollada

Todo el día, sentados en el patio en un banco, estaban los cuatro hijos idiotas del matrimonio Mazzini-Ferraz. Tenían la lengua entre los labios, los ojos estúpidos, y volvían la cabeza con la boca abierta.

El patio era de tierra, cerrado al oeste por un cerco de ladrillos. El banco quedaba paralelo a él, a cinco metros, y allí se mantenían inmóviles, fijos los ojos en los ladrillos. Como el sol se (altro…)

Horacio Quiroga – El infierno artificial

Las noches en que hay luna, el sepulturero avanza por entre las tumbas con paso singularmente rígido. Va desnudo hasta la cintura y lleva un gran sombrero de paja. Su sonrisa, fija, da la sensación de estar pegada con cola a la cara. Si fuera descalzo, se notaría que camina con los pulgares del pie doblados hacia abajo.

No tiene esto nada de extraño, porque el sepulturero abusa del cloroformo. Incidencias del (altro…)

Horacio Quiroga – La muerte de Isolda

Concluía el primer acto de Tristán e Isolda. Cansado de la agitación de ese día, me quedé en mi butaca, muy contento con la falta de vecinos. Volví la cabeza a la sala, y detuve en seguida los ojos en un palco balcón.

Evidentemente, un matrimonio. El, un marido cualquiera, y tal vez por su mercantil vulgaridad y la diferencia de año con su mujer, menos que cualquiera. Ella, joven, pálida, con (altro…)

Horacio Quiroga – El solitario

Kassim era un hombre enfermizo, joyero de profesión, bien que no tuviera tienda establecida. Trabajaba para las grandes casas, siendo su especialidad el montaje de las piedras preciosas. Pocas manos como las suyas para los engarces delicados. Con más arranque y habilidad comercial, hubiera sido rico. Pero a los treinta y cinco años proseguía en su pieza, aderezada en taller bajo la ventana.

Kassim, de cuerpo mezquino, rostro exangüe sombreado por rala (altro…)

Horacio Quiroga – Los ojos sombrios

Después de las primeras semanas de romper con Elena, una noche no pude evitar asistir a un baile. Hallábame hacía largo rato sentado y aburrido en exceso, cuando Julio Zapiola, viéndome allí, vino a saludarme. Es un hombre joven, dotado de rara elegancia y virilidad de carácter. Lo había estimado muchos años atrás, y entonces volvía de Europa, después de larga ausencia.

Así nuestra charla, que en otra ocasión no hubiera pasado (altro…)

Jose Maria Pereda – La robla

De maldita de Dios la cosa sirvieran los contratos de compraventa, si al tiempo de consumarlos no llevaran más requisitos que el mutuo convenio de los contratantes y el ante mí del tabelión más competente del juzgado.

Y cuidado, señores legistas, con atribuirme la pretensión de poner en duda la legalidad de las fórmulas que sobre el particular se vengan usando desde la fecha de las Pandectas.

¡Líbreme de ello Dios! Voy separándome (altro…)

We are not Charlie and we will never be.