Un paseo con Batman por el lado más triste del sueño americano

Lo dice Alan Moore: los superhéroes son nefastos por hacer todavía más pueril nuestra pueril sociedad. Estoy de acuerdo, pero reconozco mi debilidad por Batman. Me gusta que su único superpoder sea disponer de una enorme cantidad de pasta para sufragar sus cruzadas. También su motivación principal, la venganza. O su origen violento, el impacto que me causó de pequeño leer cómo, en un callejón, sus padres eran asesinados durante un atraco. Y, claro, me gustan su oscuridad y su malditismo, su aura de perdedor, su tristeza eterna.

'Napoleon Street', de Rémi Noel

‘Napoleon Street’, de Rémi Noel

En la última trilogía cinematografía sobre sus andanzas Christopher Nolan captó a la perfección todo lo que digo. Pero también lo ha hecho un fotógrafo francés, Rémi Noel, que ha retratado a Batman en ambientes desoladores, amplificando su desamparo y, a la vez, reflejando la enorme melancolía de ciertos paisajes estadounidenses.

“Encontré el muñeco en la habitación de mi hijo en 1998, cuando él tenía unos seis años”, me explica Noel a través de un correo electrónico, “y empecé a fotografiarlo de vez en cuando. En mi casa en París, durante unas vacaciones en Grecia o, finalmente, durante mis viajes por EE UU”.

Esas fotos estadounidenses son las que más llaman mi atención. Es impactante ver al superhéroe que más quieres reducido a la mínima expresión, diminuto en comparación con la gigantesca tristeza y descomunal tamaño de una carretera perdida de Texas.

'Beyond the Sea', en Galveston (Rémi Noel)

‘Beyond the Sea’, en Galveston (Rémi Noel)

“La primera vez que vi al muñeco”, añade Noel, “le faltaba un brazo. Fue al pegárselo cuando me lo imaginé crucificado, lo que me inspiró para la primera fotografía. Después, he ido imaginando y buscando escenarios al viajar por América donde Batman podía ser representado”. Mucho estaba previsto por Noel, pero también sucedieron cosas inesperadas: en la fotografía Beyond the sea, por ejemplo, el fotógrafo no podía imaginar que un pájaro se acercaría a Batman y contemplaría con él el mar.

'Third Avenue', en Nueva York (Rémi Noel)

‘Third Avenue’, en Nueva York (Rémi Noel)

Entre 2004 y 2012 Noel viajó a Texas cuatro veces para hacer un mapa de fotografías artísticas del estado. Con la única compañía del Batman de juguete, visitó Dallas, Houston o Marfa en un viejo coche intentando capturar el lado más triste del sueño americano. Reconoce haberse inspirado en Jack Kerouac, Edward Hopper y Robert Frank, y creo que lo ha logrado: bastan una Nikon rudimentaria, un superhéroe minúsculo y mucho talento para mostrarnos que, aquí y en América, queda ya poco espacio para superhéroes y sueños.

Georges Warcollier – Le Cidre

Le nom de M. Warcollier, directeur de la Station Pomologique de Caen depuis sa création en 1901, fait autorité en matière de travaux cidricoles. Ses qualités d’ingénieur-agronome, ancien préparateur de l’Institut Pasteur de Paris, ses fonctions de vice-président de l’Association Française Pomologique, les nombreux travaux publiés dont son traité classique Pomologie et Cidrerie, le désignaient pour nous exposer la question du cidre. Nous sommes heureux de présenter cet article à nos lecteurs.

La Normandie semble être la terre de prédilection du pommier à cidre qui s’y plaît, notamment à cause des situations abritées, coteaux peu élevés, vallées peu profondes, et de l’atmosphère humide et parfois brumeuse.

Le pommier y couvre de ses ramures la plupart des herbages où il est associé parfois au poirier ; on le rencontre moins souvent dans les terres labourées. Il constitue la plus belle parure de nos régions herbagères et une de leurs plus grandes sources de richesse.

On peut dire que chaque région naturelle de Normandie (nous entendons par là les régions nettement différentes au point de vue géologique) donne un cidre de caractère spécial. Il faut voir Continue reading

Emile Zola – Lettre à la France

Dans les affreux jours de trouble moral que nous traversons, au moment où la conscience publique paraît s’obscurcir, c’est à toi que je m’adresse, France, à la nation, à la patrie !

Chaque matin, en lisant dans les journaux ce que tu sembles penser de cette lamentable affaire Dreyfus, ma stupeur grandit, ma raison se révolte davantage. Eh quoi ? France, c’est toi qui en es là, à te faire une conviction des plus évidents mensonges, à te mettre contre quelques honnêtes gens avec la tourbe des malfaiteurs, à t’affoler sous l’imbécile prétexte que l’on insulte ton armée et que l’on complote de te vendre à l’ennemi, lorsque le désir des plus sages, des plus loyaux de tes enfants, est au contraire que tu restes, aux yeux de l’Europe attentive, la nation d’honneur, la nation d’humanité, de vérité et de justice ?

Et c’est vrai, la grande masse en est là, surtout la masse des petits et des humbles, le peuple des villes, presque toute la province et toutes les campagnes, cette majorité considérable de ceux qui acceptent l’opinion des journaux ou des voisins, qui n’ont le moyen ni de se documenter, ni de réfléchir. Que s’est-il donc passé, comment ton peuple, France, ton peuple de bon coeur et de bon sens, a-t-il pu en venir à cette férocité de la peur, à ces ténèbres de l’intolérance ? On lui dit qu’il y a, dans la pire des tortures, un homme peut-être innocent, Continue reading

Guillaume Apollinaire – Zone

À la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l’air d’être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n’es pas antique ô Christianisme
L’Européen le plus moderne c’est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D’entrer dans une église et de t’y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent
tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d’aventures policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

J’ai vu ce matin une jolie rue dont j’ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J’aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l’avenue des
Ternes

Voilà la jeune rue et tu n’es encore qu’un petit enfant
Ta mère ne t’habille que de bleu et de blanc
Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René
Dalize
Vous n’aimez rien tant que les pompes de l’Église
Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du
dortoir en cachette
Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège
Tandis qu’éternelle et adorable profondeur améthyste
Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ
C’est le beau lys que tous nous cultivons
C’est la torche aux cheveux roux que n’éteint pas le vent
C’est le fils pâle et vermeil de la douloureuse mère
C’est l’arbre toujours touffu de toutes les prières
C’est la double potence de l’honneur et de l’éternité
C’est l’étoile à six branches
C’est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche

C’est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs
Il détient le record du monde pour la hauteur

Pupille Christ de l’oeil
Vingtième pupille des siècles il sait y faire
Et changé en oiseau ce siècle comme Jésus monte dans l’air
Les diables dans les abîmes lèvent la tête pour le regarder
Ils disent qu’il imite Simon Mage en Judée
Ils crient s’il sait voler qu’on l’appelle voleur
Les anges voltigent autour du joli voltigeur
Icare Enoch Elie Apollonius de Thyane
Flottent autour du premier aéroplane
Ils s’écartent parfois pour laisser passer ceux que transporte la
Sainte-Eucharistie
Ces prêtres qui montent éternellement élevant l’hostie
L’avion se pose enfin sans refermer les ailes
Le ciel s’emplit alors de millions d’hirondelles
À tire-d’aile viennent les corbeaux les faucons les hiboux
D’Afrique arrivent les ibis les flamants les marabouts
L’oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes
Plane tenant dans les serres le crâne d’Adam la première tête
L’aigle fond de l’horizon en poussant un grand cri
Et d’Amérique vient le petit colibri
De Chine sont venus les pihis longs et souples
Qui n’ont qu’une seule aile et qui volent par couples
Puis voici la colombe esprit immaculé
Qu’escortent l’oiseau-lyre et le paon ocellé
Le phénix ce bûcher qui soi-même s’engendre
Un instant voile tout de son ardente cendre
Les sirènes laissant les périlleux détroits
Arrivent en chantant bellement toutes trois
Et tous aigle phénix et pihis de la Chine
Fraternisent avec la volante machine

Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
Des troupeaux d’autobus mugissants près de toi roulent
L’angoisse de l’amour te serre le gosier
Comme si tu ne devais jamais plus être aimé
Si tu vivais dans l’ancien temps tu entrerais dans un monastère
Vous avez honte quand vous vous surprenez à dire une prière
Tu te moques de toi et comme le feu de l’Enfer ton rire pétille
Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie
C’est un tableau pendu dans un sombre musée
Et quelquefois tu vas le regarder de près

Aujourd’hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées C’était et je voudrais ne pas m’en souvenir c’était au déclin de la beauté

Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m’a regardé à Chartres
Le sang de votre Sacré-Coeur m’a inondé à Montmartre
Je suis malade d’ouïr les paroles bienheureuses
L’amour dont je souffre est une maladie honteuse
Et l’image qui te possède te fait survivre dans l’insomnie et dans
l’angoisse
C’est toujours près de toi cette image qui passe

Maintenant tu es au bord de la Méditerranée
Sous les citronniers qui sont en fleur toute l’année
Avec tes amis tu te promènes en barque
L’un est Nissard il y a un Mentonasque et deux Turbiasques
Nous regardons avec effroi les poulpes des profondeurs
Et parmi les algues nagent les poissons images du Sauveur

Tu es dans le jardin d’une auberge aux environs de Prague
Tu te sens tout heureux une rose est sur la table
Et tu observes au lieu d’écrire ton conte en prose
La cétoine qui dort dans le coeur de la rose

Épouvanté tu te vois dessiné dans les agates de Saint-Vit
Tu étais triste à mourir le jour où tu t’y vis
Tu ressembles au Lazare affolé par le jour
Les aiguilles de l’horloge du quartier juif vont à rebours
Et tu recules aussi dans ta vie lentement
En montant au Hradchin et le soir en écoutant
Dans les tavernes chanter des chansons tchèques

Te voici à Marseille au milieu des pastèques

Te voici à Coblence à l’hôtel du Géant

Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon

Te voici à Amsterdam avec une jeune fille que tu trouves belle et
qui est laide
Elle doit se marier avec un étudiant de Leyde
On y loue des chambres en latin Cubicula locanda

Je m’en souviens j’y ai passé trois jours et autant à Gouda

Tu es à Paris chez le juge d’instruction
Comme un criminel on te met en état d’arrestation

Tu as fait de douloureux et de joyeux voyages
Avant de t’apercevoir du mensonge et de l’âge
Tu as souffert de l’amour à vingt et à trente ans
J’ai vécu comme un fou et j’ai perdu mon temps

Tu n’oses plus regarder tes mains et à tous moments je voudrais
sangloter
Sur toi sur celle que j’aime sur tout ce qui t’a épouvanté
Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres émigrants
Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent des enfants
Ils emplissent de leur odeur le hall de la gare Saint-Lazare
Ils ont foi dans leur étoile comme les rois-mages
Ils espèrent gagner de l’argent dans l’Argentine
Et revenir dans leur pays après avoir fait fortune
Une famille transporte un édredon rouge comme vous transportez
votre coeur
Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels
Quelques-uns de ces émigrants restent ici et se logent
Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges
Je les ai vus souvent le soir ils prennent l’air dans la rue
Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs
Il y a surtout des Juifs leurs femmes portent perruque
Elles restent assises exsangues au fond des boutiques

Tu es debout devant le zinc d’un bar crapuleux
Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux

Tu es la nuit dans un grand restaurant

Ces femmes ne sont pas méchantes elles ont des soucis cependant
Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant

Elle est la fille d’un sergent de ville de Jersey

Ses mains que je n’avais pas vues sont dures et gercées

J’ai une pitié immense pour les coutures de son ventre

J’humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible ma bouche

Tu es seul le matin va venir
Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues

La nuit s’éloigne ainsi qu’une belle Métive
C’est Ferdine la fausse ou Léa l’attentive

Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie

Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied
Dormir parmi tes fétiches d’Océanie et de Guinée
Ils sont des Christ d’une autre forme et d’une autre croyance
Ce sont les Christ inférieurs des obscures espérances

Adieu Adieu

Soleil cou coupé

Jacob Abbott – Rollo in Paris

EText-No. 22956
Title: Rollo in Paris
Author: Abbott, Jacob, 1803-1879
Language: English
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EText-No. 22956
Title: Rollo in Paris
Author: Abbott, Jacob, 1803-1879
Language: English
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Title: Rollo in Paris
Author: Abbott, Jacob, 1803-1879
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Title: Rollo in Paris
Author: Abbott, Jacob, 1803-1879
Language: English
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Title: Rollo in Paris
Author: Abbott, Jacob, 1803-1879
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EText-No. 22956
Title: Rollo in Paris
Author: Abbott, Jacob, 1803-1879
Language: English
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Gli e-book e gli audiobook di Jacob Abbott

Note biografiche in inglese su Jacob Abbott (Wikipedia)

A Carlos de Soussens – Evaristo Carriego

Caballero de Friburgo, de un castillo de aventuras
cuyas águilas audaces remontaron el Ideal,
soñadoras de los nidos de las líricas futuras,
la pupila al Sol abierta, coronando las alturas,
en el vuelo de armonías de una musa: la orquestal.
Visionario de un ensueño que inspiró un vino divino,
melancólicas vendimias de las uvas de tu Abril
tú también tendrás un Murget, y verá el Barrio Latino
perpetuarse tu bohemia, milagroso peregrino,
compañero de prisiones en la Torre de marfil

Que se cumpla, por tu gloria, la promesa de Darío,
al decirte de una estatua sobre firme pedestal,
que relinchen tus corceles los clarines de su brío,
que la virgen del sudario no desole con su frío
el jardín de poesía de un eterno Floreal.

En las misas de tu credo, más cordiales, más inquietas,
que te canten y consagren fugitivo de Verlaine,
que te nombren compasivas las Mimís y las Musetas,
y relaten conmovidos sus pintores y poetas
cuando entrabas predicando por tu azul Jerusalén

Que tus pálidas princesas de inefables corazones,
lleven lirios de tus rimas a un olímpico París
con las hostias fraternales de tus suaves comuniones
que el orfebre de los triunfos en tus líricos blasones,
grabe todos tus laureles con olivo y flor de lis.

¡Ya serás, en el recuerdo, cuando seas un pasado,
como aquel de la leyenda que tus éxtasis meció,
ya serás, para in eternum, de algún bronce perpetuado,
como guardan tus memorias infantiles, por sagrado,
aquel beso con que Hugo tu niñez acarició!

Elegia di Madonna Fiammetta – Giovanni Boccaccio

Incomincia il libro chiamato Elegia di Madonna Fiammetta,

da lei alle innamorate donne mandato.

Prologo

Suole a’ miseri crescere di dolersi vaghezza, quando di sé discernono o sentono compassione in alcuno. Adunque, acciò che in me, volonterosa più che altra a dolermi, di ciò per lunga usanza non menomi la cagione, ma s’avanzi, mi piace, o nobili donne, ne’ cuori delle quali amore più che nel mio forse felicemente dimora, narrando i casi miei, di farvi, s’io posso, pietose. Né m’è cura perché il mio parlare agli uomini non pervenga, anzi, in quanto io posso, del tutto il niego loro, però che sì miseramente in me l’acerbità d’alcuno si discuopre, che gli altri simili imaginando, piuttosto schernevole riso che pietose lagrime ne vedrei. Voi sole, le quali io per me medesima conosco pieghevoli e agl’infortunii pie, priego che leggiate; voi, leggendo, non troverete favole greche ornate di molte bugie, né troiane battaglie sozze per molto sangue, ma amorose, stimolate da molti disiri, nelle quali davanti agli occhi vostri appariranno le misere lagrime, gl’impetuosi sospiri, le dolenti voci e li tempestosi pensieri, li quali, con istimolo continuo molestandomi, insieme il cibo, il sonno, i lieti tempi e l’amata bellezza hanno da me tolta via. Le quali cose, se con quel cuore che sogliono essere le donne vederete, ciascuna per sé e tutte insieme adunate, sono certa che li dilicati visi con lagrime bagnerete, le quali a me, che altro non cerco, di dolore perpetuo fieno cagione. Priegovi che d’averle non rifiutate, pensando che, sì come li miei, così poco sono stabili li vostri casi, li quali se a’ miei simili ritornassero, il che cessilo Iddio, care vi sarebbero rendendolevi. E acciò che il tempo più nel parlare che nel piagnere non trascorra, brievemente allo impromesso mi sforzerò di venire, da’ miei amori più felici che stabili cominciando, acciò che da quella felicità allo stato presente argomento prendendo, me più che altra conosciate infelice; e quindi a’ casi infelici, onde io con ragione piango, con lagrimevole stilo seguirò come io posso. Ma primieramente, se de’ miseri sono li prieghi ascoltati, afflitta sì come io sono, bagnata delle mie lagrime, priego, se alcuna deità è nel cielo la cui santa mente per me sia da pietà tocca, che la dolente memoria aiuti, e sostenga la tremante mano alla presente opera, e così le faccia possenti, che quali nella mente io ho sentite e sento l’angoscie, cotali l’una profferi le parole, l’altra, più a tale oficio volonterosa che forte, le scriva.

Capitolo I.

Nel quale la donna discrive chi essa fosse, e per quali segnali li suoi futuri mali le fossero premostrati, e in che tempo, e dove, e in che modo, e di cui ella si innamorasse, col seguito diletto. Continue reading

Jean Viollis – L’Auvergnate

A Ferdinand Loüet.

I

Hubert d’Outrepigny quitta la ville d’Aurillac, l’esprit gai, le cœur content, et rempli d’estime pour les Auvergnats. « Ils sont forts, pensait-il, mais un Normand les roule ». Hubert s’enorgueillissait de sa qualité de Normand ; il lui attribuait les succès de sa vie.

Son voyage avait eu pour but d’offrir la bague de fiançailles à une enfant d’Aurillac, Blanche Torrillon. La bague avait plu, c’était un saphir de prix. On avait mis au point les conditions du contrat. Cette famille Torrillon s’était bien défendue : elle était pourtant privée de son chef, Benoît Torrillon, le père de Blanche, décédé depuis dix mois, mais la maman Emma et les deux frères de la fiancée formaient un rude bloc pour préserver leurs intérêts ; la maman Emma portait mitaines ; elle se coiffait d’un bonnet de dentelles noires, dont elle nouait les brides sous son menton dans les moments ardus ; chacun des frères avait un front court sous une toison rougeâtre et frisée ; ils étaient associés dans un commerce de bois à Bordeaux ; quand la mère et les fils discutaient d’argent, tous trois posaient sur la table leurs poings garnis de poils et de verrues ; ils savaient parler et se taire, regarder le plancher, s’entortiller dans des phrases inutiles et lâcher brusquement le mot puissant qui frappait l’adversaire au cœur.

Le père d’Hubert avait bien jeté les bases de l’accord quand il était venu pour la demande en mariage, mais, retenu cette fois à Paris par ses affaires, il avait dit à son enfant : « Ils vont tout remettre en question, tiens-toi sur l’œil. » De fait, la nouvelle bataille s’était livrée durant six heures. Hubert s’estimait vainqueur, mais rendait hommage au courage de ces Auvergnats.

Il emportait comme stipulations : 1° une somme de sept cent vingt mille francs en bonnes valeurs ou premières hypothèques ; 2° une part du tiers sur la liquidation de la fabrique d’automobiles marque « Aquila » (cette fabrique estimée quatorze cent mille francs dans la succession Benoît Torrillon ; Hubert décidait en lui-même de racheter les deux autres parts lors de la liquidation et d’exploiter cette affaire) ; 3° un droit du tiers sur un brevet B. Torrillon « changement de vitesse à disque » ; 4° enfin, trente mille francs en or, part d’un fonds de réserve constitué par le père de Blanche pour le cas de guerre ou de révolution.

Tout cela bien net. Le seul point douteux était le brevet. La famille auvergnate désirait le vendre à un oncle qui possédait à Clermont-Ferrand une seconde fabrique d’automobiles, marque « Gazelle », et le convoitait. Hubert au contraire, sur le conseil paternel, voulait que les héritiers B. Torrillon en conservassent la propriété, car ce procédé devait prendre de l’ampleur et apporter de grands profits ; mais il redoutait un accord secret entre la famille et l’oncle ; c’est pourquoi, après avoir fait promettre à Blanche de ne rien signer à la légère, il se rendait à Clermond-Ferrand pour voir la figure du fabricant de « Gazelles ».

Hubert, seul dans son compartiment, réfléchissait en regardant le paysage. Septembre touchait à sa fin. Les prés verdoyaient avec force, les hêtres pâlissaient et les châtaignes mûres s’entr’ouvraient parmi le rude feuillage des châtaigniers. L’idée du mariage réjouissait Hubert ; par une pente naturelle, sa pensée remontait vers les maîtresses qu’il avait eues. Ses amis l’appelaient « bourreau des cœurs ». Lui, savait combien peu de choses avaient été ses aventures, quand il les examinait d’un œil froid : cette petite modiste, – il l’avait gardée quatre ans, elle l’avait trompé, il l’avait trompée, ils restaient quittes ; une grue de Caen, nommée Léa, qu’il avait gratifiée d’un mobilier en noyer sculpté, mais elle l’aimait bien et n’avait pas hésité à revendre ces meubles pour aider Hubert dans un passage difficile, – encore une affaire à égalité ; et la femme d’un lieutenant de gendarmerie, qui arrivait tremblante chez lui et jetait des cris si perçants dans le plaisir, que les voisins s’étaient plaints. Là-dessous, la foule anonyme des trottins et des filles de brasserie.

Hubert souriait, puis bâillait. Ce passé perdait toute couleur ; il le méprisait. Ses trente ans l’avaient surpris sans autre fortune qu’un illusoire portefeuille d’assurances. Mais il se voyait tout à coup assis sur une position solide. Il devenait un homme sérieux, salué des banquiers et des notaires. Après un détour long, pénible et mesquin, il abordait enfin la vraie vie, celle des hommes honorés et forts, et prenait place parmi cette compagnie peu nombreuse qui gouverne la société.

De ce sommet, Hubert ne découvrait que des perspectives riantes. Blanche le seconderait certainement ; elle avait les os larges et le teint frais, elle était la fille de B. Torrillon qui fabriquait solide. La pensée d’être fabricant d’automobiles enchantait Hubert, cette industrie moderne et fructueuse n’entraînant nulle déchéance pour un d’Outrepigny (il oubliait que sa noblesse était récente, que son état civil portait Doutrepigny et que son père n’avait pris la particule que pour réussir, justement, dans les vagues affaires dont il s’occupait à Paris). Le brevet B. Torrillon devait donner aux « Aquila » une supériorité mécanique qui en décuplerait la vente ; mais la carrosserie méritait attention aussi ; sur trois clients, deux sont séduits par la présentation d’une machine ; Hubert se proposait de renouveler cette partie et…

A ce moment, la portière du compartiment s’ouvrit, une jeune fille parut. On se trouvait en gare de Murat.

Cette jeune fille sauta vivement dans le wagon. Elle était en deuil. Personne ne l’accompagnait ; elle jeta craintivement quelques coups d’œil de tous côtés ; quand le train s’ébranla, elle enveloppa d’un regard triste la gare et la ville, soupira, puis ouvrit un livre et commença de lire.

Les pensées industrielles d’Hubert s’étaient envolées. Il examinait sa voisine à la dérobée ; elle lui faisait face, était jeune, grande, à la poitrine ferme, aux hanches rondes. Hubert croisa sa jambe droite sur sa jambe gauche, puis inversement ; il effila sa moustache ; la jeune fille baissa la tête et, tout en lisant, assujettit son peigne de nuque ; Hubert porta la main à sa cravate ; il toussa ; elle sourit ; il lui demanda si la fumée de tabac l’incommoderait. Alors, elle se mit franchement à rire, Hubert l’imita. « A la bonne heure, pensa-t-il, j’aime mieux ça que son air lugubre. Elle change vite ».

- Beau pays ! dit-il.

- Pas trop beau, répliqua-t-elle. J’aime mieux le Lioran. Vous l’avez passé avant Murat. Quels bois noirs ! Quels torrents profonds !

- Oh ! Oui ! s’écria Hubert, qui n’avait rien vu du tout.

- Mais comme on voyage mal à notre époque ! Moi, j’aurais voulu franchir le Lioran il y a un siècle. Voyez-vous cela ? Vous habitez le Velay, une affaire de famille vous appelle en Rouergue. C’est l’hiver ! N’importe. Il faut partir. Et vous traversez le Lioran – « cet affreux Lioran » comme on dit dans les lettres de l’époque – à cheval, le portemanteau en croupe, dans la neige qui recouvre les ravins et les forêts… Et quand vous quittez une auberge, les gens disent : « Atteindra-t-il l’étape suivante ? » On vous met en garde contre les loups, vous vérifiez vos pistolets chaque fois que votre monture renâcle… Vous avez une gourde d’eau-de-vie, parfois vous en frottez les naseaux de votre cheval. Ah ! vous avez vraiment figure de voyageur quand vous arrivez chez vos parents du Rouergue !

« Elle trousse le couplet, pensait Hubert. Quel numéro de femme est-ce là ? La conversation s’annonce embêtante. »

- Vous avez beaucoup d’imagination, dit-il.

- Mais c’est la vérité vraie ! repartit-elle avec vivacité.

Ses yeux bruns appelaient une réplique, Hubert ne la trouva pas. Il se mit à poser quelques questions plus faciles et, de la sorte, il apprit que sa compagne de voyage était receveuse à la gare de Murat. Cela le surprit fort.

- Mais oui ! dit-elle. Qu’y a-t-il d’étonnant ? Je suis de très petite condition. Mon père est greffier du tribunal de Clermont-Ferrand. J’ai d’abord travaillé à la préfecture de cette ville. Puis… elle m’a déplu. J’avais déjà mon brevet supérieur. Jai passé l’examen d’entrée à la compagnie P.-L.-M., il y a huit mois, et l’on m’a nommée receveuse à Murat ; c’est mon premier poste.

- Vous avez un caractère très travailleur, dit Hubert d’un air aimable.

- Pas du tout, mais du tout, monsieur. Demandez à mon père ! J’ai seulement une excellente mémoire.

Elle suivit un moment ses pensées, puis, d’un ton mi-moqueur et mi-sincère, récita ces vieux vers :

Hé ! Dieu se j’eusse estudié
Au temps de ma jeunesse folle
Et à bonnes mœurs dédié,
J’eusse maison et couche molle.
Mais quoy ? Je fuyoye l’escole
Comme faict le mauvays enfant.
En escrivant ceste parolle
A peu que le cueur ne me fend.

L’ébahissement d’Hubert était à son comble. Quel était ce langage ? La jeune fille parlait avec un fort accent local. Hubert conclut : « Ce doit être des vers auvergnats. »

- Cette poésie est charmante, dit-il.

- J’aime Villon, répondit-elle.

- Moi aussi !

Hubert était prêt à aimer tout ce qu’on voudrait. Il vivait depuis un moment dans l’incroyable. Une receveuse de gare déclamant des vers ! Il l’entendait encore : « Au temps de ma jeunesse fouôlle… » Oui, vraiment, elle avait l’accent d’Auvergne, et quelle plaisante intonation cela donnait à certains mots !

Le vigoureux Hubert restait rarement indifférent devant une jolie personne ; cette fois, son trouble était manifeste ; la jeune fille paraissait s’en amuser. Les regards d’Hubert ne la quittaient pas ; elle détourna les siens pour lui donner plus de facilités, puis feignit d’être lasse de causer et rouvrit son livre. Il y avait en elle quelque chose qu’Hubert ne pouvait saisir, un air libre, hardi, décidé et, en même temps, une teinte de mélancolie. Elle avait ôté son chapeau ; ses cheveux châtains se relevaient à la mode nouvelle ; un bandeau de velours noir et mince ceignait son front ; elle portait une robe de satin noir, décolletée, drapée autour des hanches et visant à l’élégance.

Où allait-elle ? Descendrait-elle bientôt ? Hubert devant changer de train à Neussargues : plus que deux stations, le temps pressait.

Il dit la première sottise venue à propos du livre qu’elle lisait.

- Ce n’est pas une nouveauté, déclara-t-elle en le lui présentant.

Anna Karénine. Cela n’apprit rien à Hubert.

- Ah ! Oui ? fit-il.

Il feuilleta le volume et s’arrêta devant une illustration ; on y voyait une dame en toilette de ville roulant sous les roues d’un train. Il murmura :

- Quelle ignoble mort !

- En quoi ? dit-elle.

- Mais en tout ! Ne trouvez-vous pas ?

- Non. C’est celle que j’ai choisie.

- Plaît-il ?

- C’est la mort que j’ai choisie.

La stupeur d’Hubert dépassa cette fois toute mesure. Il interrogea le visage de la jeune fille, elle avait un air tranquille. Alors, toute notion de sens commun disparut de l’esprit d’Hubert, et il sentit que rien ne l’étonnerait plus. Mais que dire ? Il ne découvrit qu’un mot.

- Fichtre ! balbutia-t-il.

- Ecoutez-moi, monsieur. Je quitte Murat sur un coup de tête ; je n’y reviendrai plus. Cet après-midi, je fais un crochet sur Lyon, que je ne connais pas et que je visiterai. J’en repars demain à la première heure, j’arrive à Paris. Je veux voir Paris, je ne sais pourquoi. J’y passe cinq jours, six jours. Puis…

Elle montra l’image.

Encore cette dame sous un train ! Hubert se dit : « Elle est réellement fouôlle, ou bien elle se moque de moi. » Mais la jeune fille ne plaisantait pas du tout.

- Vous avez bien souffert, mademoiselle, dit Hubert à tout hasard.

- Oui. Non. Comme on veut. Les cas tragiques sont rares dans l’existence, n’est-ce pas, monsieur ? Mais il y a des choses mille fois pires, elles ont l’air simple et bête et vous brisent le cœur à la perfection.

Hubert approuvait du menton tout en raisonnant ainsi : « Dans onze minutes, je la quitte ; pas un instant à perdre. »

- Vous passez donc la soirée à Lyon ? dit-il.

- Oui.

- Ainsi ? Toute seule ?

- Je m’accommode très bien d’être seule. Je me promènerai.

- Au hasard ?

- Au hasard.

- Mais ce sera fort triste avec les… les idées que vous avez !

- Ces idées n’ont rien de triste.

- Mademoiselle, prononça Hubert en la regardant avec toute la fermeté et toute la douceur qu’il put trouver, je donnerais beaucoup pour vous accompagner ce soir à Lyon, en supposant que vous m’y autorisiez. Mais une circonstance impérieuse, un devoir, m’obligent à passer douze heures à Clermont-Ferrand, c’est un cas de conscience, ajouta-t-il avec force – il feuilletait en même temps l’indicateur. – Demain, je quitte Clermont par le premier train, j’arrive à Lyon à seize heures cinquante et je vous y retrouve si vous voulez bien m’attendre. J’espère que vous accepterez de dîner avec moi, puis nous prendrons l’express de vingt heures sur Paris.

- Hé bien, monsieur, répliqua-t-elle, si j’étais une petite jeune fille comme les autres, je me fâcherais d’abord et je ne céderais qu’à la dernière extrémité. Mais vous voyez en ma personne un animal singulier – si, ne protestez pas, c’est l’opinion de tout le monde – et je vous dis : « Cela m’ennuie fort d’attendre toute une journée à Lyon. Je le ferai toutefois parce que votre sympathie me plaît et que j’ai confiance en vous. A demain. »

- Chose convenue…

- Chose due.

- En jureriez-vous ? dit encore Hubert.

- Foi d’animal !

Elle lui tendit la main, Hubert la baisa, puis s’assit auprès de la jeune fille ; il retint cette main, elle était grasse, souple, douce et semblait fondre entre les siennes. Il fit un bon emploi des dernières minutes, remerciant la jeune fille, l’assurant du plus tendre attachement, et n’usant que de termes respectueux. Cette simulation de passion naissante fut parfaite. Hubert, peu délicat, peu cultivé, possédait l’instinct des mâles qui les rend à propos cajoleurs ou hardis, éloquents ou taciturnes, quand ils ont la grande volonté de plaire aux femmes. Il savait que ses bonnes manières, sa moustache parfumée, son costume bien coupé, ses bottines élégantes, faisaient impression sur cette petite fille de province ; elle l’avait étonné tout à l’heure ; mais il prenait l’avantage à son tour ; ce jeu lui convenait, il le joua rapidement, avec goût et succès.

La jeune fille avait un joli sourire rêveur. Il osa lui demander son nom, – elle s’appelait Pauline Nouara ; son âge : elle aurait vingt et un ans le huit octobre.

- Mais, ajouta-t-elle, je ne serai jamais majeure !

- Encore cette affreuse pensée ! dit-il. Vous me désespérez !

- Mais non, mais non. Quand ce parti est pris, on s’y habitue très bien, vous verrez comme cela rend tout facile.

Il protesta avec feu, mais au fond de lui-même se dit : « Pourquoi pas ? » Le train entrait en gare de Neussargues. « A demain ! » répétèrent-ils. Hubert baisa de nouveau les doigts de la jeune fille, saisit sa valise et sauta sur le quai. Elle restait debout devant la portière ; ses regards attachés à lui le flattèrent ; quand le train s’éloigna, il la salua galamment, elle lui répondit en inclinant la tête. « Ça y est ! » dit-il à haute voix. Il jouissait de ce plaisir que lui donnait toujours un succès sur une femme ; un certain romanesque ajoutait à celui-ci. L’idée de son prochain mariage le fit sourire. « Nous sommes de fameux lapins », dit-il encore. « Nous », c’était les hommes. Hubert était très indulgent pour lui et les hommes.

L’image de Pauline Nouara ne quitta pas ses yeux jusque Clermont. Mais alors, il dit : « Plus de bêtises ! » et prit son air d’affaires, cet air qui convenait au futur fabricant des « Aquila ». Il allait jouer serré avec l’oncle Torrillon. L’oncle, après Pauline. C’est la vie ; ses aspects changent vite, les hommes supérieurs changent avec eux. Hubert sentait croître l’opinion qu’il avait de lui-même. Tout lui paraissait aisé. Il allait mettre l’oncle dans sa poche. Oui, comme Pauline : Pauline dans une poche et l’oncle en contre-poids ! Quelle bonne chose ! Il rit cette fois.

L’oncle était une sorte de gros hérisson blanc qui cheminait sur de courtes pattes ; il fit bon accueil au fiancé de Blanche, le guida dans les ateliers de l’usine des « Gazelles », fut plein de confiance, de cordialité, offrit un bon repas, mais se roula en boule dès qu’il fut question du brevet. Hubert le tourna et le retourna, se piqua les doigts et n’en tira rien.

« Va toujours, mon bonhomme, pensa Hubert dans son lit, nous te piperons, c’est sûr. Cours donc après la signature de Blanche ! Blanche tient à moi plus qu’à toi. J’aurai ce brevet ! » Il souffla sa lampe. L’usine des « Gazelles » était de moitié moins forte que celle des « Aquila ». Hubert résolut d’avaler l’oncle et de réunir les deux marques dans sa main. Ce point réglé, il revint à Pauline et laissa vaguer son esprit tandis que le sommeil venait. « Accepter tout de suite un rendez-vous !… Elle est bien légère. Voilà l’effet des romans… Et aussi de l’éducation dans les collèges de filles.. A moins qu’elle n’ait voulu s’amuser… Hé ! c’est cela !… Elle rit de moi à cette heure !… Non, ses yeux paraissaient sincères… Elle a promis de m’attendre à l’arrivée du train… C’est douteux… Ne t’emballe pas, Hubert… Dors, dors, mon vieux, tu seras renseigné demain… Ça te fera toujours voir Lyon, ville importante. Tu la visiteras en industriel… En amoureux, ce serait plus gentil… Y sera-t-elle ? »

II

Elle fut au lieu et à l’heure dits. Elle s’avança vers lui sans embarras. Une lueur de triomphe brilla dans les yeux d’Hubert, mais abaissant ses paupières, d’une voix basse, humble, passionnée, il remercia Pauline de sa présence.

- Je tiens toujours parole, répliqua-t-elle.

Hubert consigna sa valise. Tous deux montèrent dans un fiacre découvert, aux roues dures, aux ressorts aigres, afin de visiter la ville.

- Que Lyon est triste, dit la jeune fille. Je m’y suis ennuyée de tout cœur. J’ai déjeunée… tiens, justement ici, ni bien ni mal. Puis je me suis promenée ; les gens ont des figures affreusement fermées. Oui, reprit-elle, ils ferment leur figure comme leurs habits, leurs sentiments comme leur portefeuille. Je me suis perdue, je n’ai pas osé demander mon chemin, j’ai trotté au hasard, je suis très lasse.

Un ciel gris recouvrait Lyon. Les fumées d’usine y montaient tout droit comme d’innombrables colonnes ; il semblait qu’elles travaillaient à l’assombrir depuis toujours et à jamais ; un temps viendrait où la ville serait étalée sous une chape de suie noire ; elle posséderait alors sa vraie figure.

Pauline Nouara faisait une petite moue. Hubert s’occupait d’elle et craignait qu’elle n’eût froid. On leur montra des places, des statues, des quais, des hôpitaux, des églises, mais chacun suivait ses pensées. Pauline soupirait. Hubert lui pressait la main. Elle posa sur lui un regard triste et doux comme ce ciel de septembre. O les beaux yeux, larges, mouillés, vivants, au pur contour, et qui laissaient rouler avec lenteur sous l’ombrage des cils, leurs pupilles pâles et dorées !

Hubert s’enquit d’un restaurant. Ils y dînèrent. La salle était tiède, ornée de rocailles où s’écoulaient de petites cascades d’eau. L’éclat du linge et de la verrerie, un bouquet de roses blanches, les lumières basses prêtaient à leur table une apparence intime. Les serveurs s’empressaient et transmettaient les ordres en chuchotant. La plupart des femmes étaient en toilette de soirée. Un parfum léger, un joli murmure flottaient sur la salle ; un mot plus haut, un rire s’élevaient parfois. Pauline était heureuse ; il semblait qu’elle fût née pour sourire ainsi dans cet air de luxe ; elle était la plus simple et la plus belle. Hubert en était fier. Il ne négligea rien qui pût la flatter. Le champagne l’avait animée. Son teint mat se nuançait de rose et une lueur d’incarnat avivait ses oreilles petites et nacrées. Le coude nu sur la table, une cigarette à bout d’or entre les doigts, la tête renversée, la bouche entr’ouverte, elle tendait sa gorge jeune et grasse ; près d’elle, dans le seau glacé, la bouteille au goulot cravaté d’une serviette ; une pyramide de fruits rouges, jaunes, bleus ; des flacons de liqueurs aux lueurs chaudes et dormantes ; « Est-ce bien la petite receveuse de Murat ? se demandait Hubert. Celle qui est dégoûtée de la vie ? »

- Notre train part dans une heure, dit-il. Je vous préviens honnêtement, vous le voyez. Mais nous devrons nous presser, courir, nous n’avons pas retenu de places, nous serons mal et nous arriverons à Paris au petit jour, en fort mauvais état. Il serait plus sage de passer la nuit dans le voisinage de la gare ; nous prendrions tranquillement le rapide du matin.

- Comme il vous plaira, dit Pauline.

Tant de facilité déconcerta de nouveau Hubert ; il eût mieux aimé un peu de résistance, il se croyait sûr de la vaincre. Tout deux quittèrent le restaurant. Hubert proposa de gagner la gare à pied.

- Je veux tout ce que vous voulez, dit Pauline, je vous appartiens ce soir.

Hubert, offusqué, pensa : « L’enfant va fort, je n’ai pas à la ménager. » Il lui saisit le bras, puis la taille et prit le sein de la jeune dans sa main ; elle ne s’écarta pas ; elle avait toujours son visage heureux ; il voyait brûler son sourire. « Pourtant ! songeait-il. Elle n’est plus une gamine ! Elle sait ce qu’elle fait ! » Ils traversèrent le Rhône ; le pont semblait désert ; d’immenses lignes de lumières s’étendaient et se croisaient dans le lointain ; les vastes eaux roulaient sans couleur et sans bruit sous le ciel dépourvu d’étoiles.

- Je vous aime, dit Hubert.

Pauline lui donna ses lèvres. Jusqu’à la gare ils échangèrent des baisers passionnés. Ils entrèrent au Terminus, Hubert s’entretint avec la gérante.

- L’hôtel est combe, dit-il ensuite à Pauline, avec une figure pleine de mensonge. On ne peut nous donner qu’une chambre à deux lits. Dois-je la prendre ?

Mais elle le suivit sans opposition et, dans cette chambre d’hôtel d’une ville déplaisante, avec une jeune fille presque inconnue, Hubert passa sa meilleure nuit d’amour.

Pauline avait éteint toutes les lumières ; seule, une veilleuse électrique restait allumée à la tête du lit, et la jeune fille l’avait voilée en y entortillant son corsage. Elle était nue, couchée ; cette lueur posait des reflets d’ambre sur ses seins bien tendus que l’émotion faisait frémir. De ce corps, qui cachait dans ses creux des touffes sombres, s’exhalait un fumet robuste, chaud, assez âcre ; Hubert l’appréciait en connaisseur.

Hubert était une grosse nature ; il cherchait son plaisir sans ménagement. Mais après les baisers, les soupirs, les caresses, quand il voulut posséder son amie, elle murmura d’une voix de petite fille : « Vous allez me faire mal ! » Ces mots l’arrêtèrent ; il prit garde de ne blesser Pauline et se douta pour la première fois que l’on est deux en amour. Il cherchait à répondre aux désirs de Pauline, se modérait, puis la pressait ; elle gémit. « Qu’as-tu ? » dit-il. « Oui, oui ! » répliqua-t-elle. Ils se fondirent tout à coup dans une étreinte si brûlante qu’ils crurent s’évanouir l’un dans l’autre ; leurs mains, leurs lèvres, tout leur corps, se recherchaient et s’unissaient ardemment encore, puis leurs plaintes devinrent douces, et ils se trouvèrent les bras aux bras, joue contre joue, souriants, heureux, et reprenant haleine, s’apaisèrent, et dirent : « Je t’aime… je t’aime…. » Leurs regards ne se quittaient pas ; la langueur les prit, ils s’y abandonnèrent ; la tête d’Hubert reposait dans les cheveux de Pauline. « Mon amie chérie ! » disait-il. Elle répondait : « Que tu es bon ! Que je t’aime ! » Ils parlaient bas. Pauline racontait son histoire ; Hubert, assouvi, contenté, pensait : « Oui, c’est le rite. Mais je dormirais bien. »

- Ta mère vit-elle encore ? murmurait Pauline. Oh, quelle chance tu as ! Je n’ai pas connu la mienne, j’étais au berceau quand elle est morte. Papa est un homme rigide, juste à sa façon, triste. Il me donnait un baiser le matin, un baiser le soir, je n’ai jamais rien senti de si froid que sa bouche. Je suis son unique enfant et, tout de suite, il a dit de moi : « C’est une nature rebelle ! » Je ne sais pas s’il a raison, mais telle j’étais petite fille, telle je suis restée, ce n’est agréable ni pour moi ni pour les autres. Papa s’occupait beaucoup de mon instruction. Un jour – j’avais sept ans – il m’apprenait les mois de l’année. – « Juillet ? me demande-t-il. En quelle saison ? » J’étais distraite ou fatiguée, je réponds : « En hiver. » Bing ! un coup de règle sur les doigts. « Juillet, Pauline ? » – « En plein hiver ! En plein hiver ! » Il m’a battue, je n’en ai pas voulu démordre. Alors, il m’a conduite à la prison dont le gardien chef était son ami. J’ai passé deux jours dans une cellule, au pain et à l’eau ; je brisais ce que je pouvais, on m’a mis la camisole de force, on m’a bâillonnée parce que je criais. Mais je n’ai pas cédé. Papa est venu me chercher, il m’a emmenée, il était blanc de rage. Il ne m’a jamais pardonné cela. Moi non plus. Voilà.

« Hé bien, toute ma vie s’est passé ainsi. Ça changeait de sujets à mesure que je grandissais. Bien sûr qu’à quinze ans je n’aurais pas mis juillet en hiver, mais j’essayais de mettre la sincérité et le bon droit dans mes actions, c’est encore plus fou. Passons. Si je me trompais, il fallait me redresser doucement. Mais tous s’y acharnaient, papa, mes maîtresses du collège, mes amies, les parents de mes amies, même des gens que je ne connaissais pas. Vois-tu ce que c’est, mon amour, que d’être seule, toute seule contre tous ? Dans les plus petites choses ?… Bien sûr, c’est absurde. Les gens heureux sont ceux qui se plient aux autres, moi, je ne sais pas, non ! non ! non ! C’est impossible ! Vois comme je suis douce, pourtant, quand on me prend bien… mais quand on m’attrape à rebrousse-poil, je deviens méchante comme une lionne. Bon, ça va bien. C’est pour t’expliquer mon caractère, il n’est pas fameux, mais j’y tiens. Papa disait : « Quelle fanatique ! Au temps des guerres de religion, elle se serait fait tuer ! » Aujourd’hui, il faut se tuer soi-même, c’est ennuyeux.

« Naturellement, je prenait une nature sauvage. Les médecins prétendaient que je subissais une crise, mais c’est leur ressource quand ils ne comprennent rien, ce sont des ânes. Tantôt je fuyais tout le monde, tantôt, au contraire, je me jurais d’être gentille et je me jetais à la tête des gens, qui m’envoyaient paître. Alors, je m’enfonçais de plus en plus dans la solitude. Je m’enfermais, je lisais, je lisais ! Ou bien, je pensais à l’amour et à l’Italie :

« Sur la plage sonore où la mer de Sorrente…. »

« Connais-tu Sorrente ? Que ce doit être beau ! Tous les poètes ont chanté Sorrente, écoute encore :

O Sorrente, Sorrente ! Et sur la plage verte
Une blanche villa que le pampre a couverte.

« La plage verte ? Non ! C’est le ciel bleu, c’est la mer bleue, le pays des amants ! Aimer ! Aimer ! Oh ! Que j’ai aimé ! Ne ris pas, je t’en supplie. D’abord, le fils d’un colonel. A Clermont-Ferrand. Il s’appelait Fernand de Sérigny. J’avais douze ans, lui, quatorze. Je l’apercevais chaque jour quand il revenait du lycée. Je l’aimais à mourir ! Il me faisait des signes de tête, moi je portais la main à mon cœur. Nous ne nous sommes jamais parlé, mais un jour, en passant, je lui ai glissé un petit livre de poésies de Marceline Desbordes-Valmore. Il en a copié la pièce Le premier amour, te souviens-tu ? et me l’a donnée. Papa s’est emparé. « Qui t’envoie cela ? » Je n’ai jamais menti, mon amour, et j’ai répondu : « Fernand de Sérigny. » – « Le fils du colonel ? » – « Oui, papa, je l’aime et il m’aime. » – « Sotte, qui crois qu’un fils de colonel est fait pour toi ! Je vais trouver son père ! » Le lendemain, le colonel accompagnait mon cher petit Fernand, il m’a regardée d’un air terrible, Fernand n’a même pas tourné la tête. Rentrée chez moi, je me suis jetée par la fenêtre, mais je n’ai pas eu de mal et on m’a mise pensionnaire. Dis, laisse ton bras sous ma tête, je suis bien, je t’aime, j’ai tant d’autres choses à te confier… »

Le petit cartel accroché au mur marquait trois heures. Malgré les doubles portes et les tapis épais, l’hôtel vivait sourdement de la vie trépidante de la gare, des trains grondaient, des freins grinçaient, des sifflets perçaient l’ombre. Les amants avaient laissé leur fenêtre entr’ouverte, mais le souffle du Rhône s’élevant, ils durent la fermer sur la nuit humide et froide. Hubert s’assoupissait ; il faisait effort pour paraître attentif aux récits de Pauline.

Celle-ci se recueillit, puis d’une voix plus lente :

- Je veux tout te dire, tu m’arrêteras si je te chagrine. Voici mon grand amour, le seul, le vrai, celui pour lequel j’ai vécu, pour lequel je meurs. Oh ! C’est simple, va ! Ça ressemble à n’importe quoi, mais il y a la mort au bout. T’ai-je dit que j’ai travaillé à la préfecture de Clermont-Ferrand ? Hé bien, là, un jeune employé m’a aimée, il a demandé ma main. Il se nommait Charles Miral. J’avais dix-neuf ans, papa n’a pas voulu ce mariage. L’homme sage et grave a dit : « Non, il faut attendre. » On a attendu, et voici ce qui est arrivé. Ecoute bien.

« Nous avions échangé nos serments, ce jeune garçon et moi. Nous nous sommes vus chaque jour pendant un an. Tantôt il m’apportait une note à dactylographier, tantôt je lui retournais un dossier annoté par le préfet et, aux séances du conseil général, nous étions assis à la distance de deux bancs. On savait notre histoire, on se fourrait entre nous par plaisir, à peine échangions-nous une pression de mains, dans les couloirs, un billet de deux lignes entre les pages d’un rapport. Oh ! Charles, mon Charles ! Comme il m’aimait ! Et de moi, je ne te dis rien, tu dirais que je tombe folle de tous ceux que je rencontre. Ses yeux s’emplissaient de larmes dès qu’ils m’apercevaient. Nous endurions de telles souffrances que je décidai de partir. Je préparai l’examen du P.-L.-M., je le passai sans avertir personne, et l’on me nomma à Mauriac.

« Je pensais qu’ainsi Charles aurait la paix. Non ; dès qu’il trouvait un jour de liberté, il prenait le train et venait me voir. Il me disait : « Sois à moi, ne sommes-nous pas mariés par le serment ? » C’était vrai. Au mois de juillet dernier, nous partîmes et restâmes trois jours ensemble. C’est le seul homme, tu m’entends, à qui j’aie appartenu avant toi ! Oh quelle nuit ! Il m’a blessée, le pauvre Charles, le lit était plein de sang, il perdait la tête, il voulait sonner la bonne de l’hôtel. Cela se passait à Vic-sur-Cère. C’est de la sorte que je suis devenue sa femme.

- Le vois-tu toujours ? demanda Hubert.

- Il est parti. Hé oui ! Il est parti ! Il est parti pour l’Angleterre. Non, Charles, mon amour ! Ma vie ! Tu ne m’as pas trahie. Il a bien fait de partir ! Je le défendrai jusqu’à mon dernier souffle. Il m’aimait trop, ajouta-t-elle d’une voix sombre et basse. Il est parti, voilà. C’est tout.

Pauline eut une affreuse crise de pleurs. Hubert la consola et ils s’endormirent au petit matin.

Quand on les réveilla, un jour miraculeux resplendissait sur Lyon, et le visage de Pauline ne portait aucune trace ni de veille, ni de larmes. Elle fit à Hubert de tendres baisers ; il admirait qu’elle fût si fraîche, si neuve, si gaie.

- Ne vous ai-je pas attristé cette nuit ? dit-elle. Il me semble que j’ai parlé, parlé ! Je n’ai pas l’habitude du champagne. Ni des caresses… Sans doute aurais-je dû garder ce que je vous ai dit, mais c’est plus fort que moi, cela m’a échappé.

Le lit était tiède et doux. Hubert caressa de nouveau Pauline. Puis il lui prépara un bain dans le cabinet de toilette, s’habilla, et descendit pour retenir leurs places dans le rapide de Paris.

De l’hôtel au train, il suffisait de traverser le quai. Hubert et Pauline formaient un beau couple : on les distingua quand ils parurent dans la foule des voyageurs. Un porteur les précédait. Pauline, comme enivrée de jeunesse, Pauline brillante, ailée, s’avançait d’un pas souple ; elle tenait tout haut sa tête ; le rayonnement de ses yeux, l’éclat de sa nuque, le mouvement égal de ses jambes, tout l’air de séduction répandu sur elle, faisaient qu’on l’admirât et que les plus grossiers sentissent son passage ; elle jouissait de ce muet hommage ; un garçon lui apporta en courant un flacon de parfum qu’elle avait oublié dans sa chambre ; elle accompagna d’un sourire enchanteur sa pièce d’argent ; la grâce, la jeunesse et le plaisir débordaient d’elle et se répandaient sur ce qui l’entourait.

Ils s’élancèrent dans leur compartiment. On les y laissa seuls. Ils se rapprochaient, s’étreignaient, se souriaient sans cesse et échangeaient des baisers. Il semblait que tout fût complice de leur bonheur. Le temps s’envolait, les gares fuyaient, Pauline et Hubert n’étaient qu’à eux-mêmes.

« Voyage de noces », chuchotèrent des voyageurs.

- Quelle folie ! dit Pauline.

- Mon amie bien-aimée, dit Hubert voulez-vous me faire une grande joie ? Je voudrais vous donner un souvenir du moment où nous sommes, oh rien !… une bague, une broche, rien, vous dis-je ; voyons, qu’aimeriez-vous ?

- Mais, mon pauvre chéri, répliqua Pauline, oubliez-vous donc ce qui est décidé ? Je n’ai pas emporté mes petits bijoux. Une morte n’a pas besoin de bijoux. Je vais disparaître. Habituez-vous donc à cette pensée.

- Cette pensée est folle ! Elle est criminelle !

- Quels grands mots ! dit Pauline en riant. Je vois que vous ne m’avez pas comprise, sinon vous sentiriez que ma résolution est naturelle. Mais oui ! Naturelle. Je me rappelle une phrase de ce fameux Tolstoï, celui qui a dû fourrer son Anna Karénine sous un train : « Je veux être libre, ma liberté ne gêne personne, et moi, pour qui la force est nécessaire, je suis faible, tandis qu’eux, ils sont forts. » Je l’ai répétée souvent, cette phrase, elle m’habille à ravir. Il n’y a pas de place ici pour moi. J’ai trop d’élan. J’ai horreur de la route où piétine le troupeau. Il y a de trop belles fleurs sur les côtés, je m’y jette tout droit, je me cogne, les gens disent : « Ça lui apprendra ! » Hé bien, j’en ai assez, car ni moi ni les gens ne changerons jamais.

« Et dire, ajouta-t-elle, que je voudrais être aimée de tout le monde, et je suis en lutte contre tout le monde ! J’aime ce qui est juste, élevé, pur, on m’accuse d’instincts vils, – si, je vous assure ! On me considère comme un être dangereux ou comme une bête malade. Si l’on avait seulement un peu de pitié ! Mais c’est de la haine. Ils sont forts, comme dit l’autre. Je me défendais, j’attaquais, je me suis battue de mon mieux. Ça finirait plus ! Et puis, j’en ai assez. Savez-vous pourquoi j’ai quitté Murat ? Je vais vous le dire. Mon chef de gare était un homme de cinquante ans, père de famille, il me recevait chez lui, sa femme m’aimait beaucoup ; hé bien, l’autre soir, il m’a poussé dans la lampisterie et il a voulu me violer ! Dites donc ! Vous souvenez-vous ? « Amour est un dieu, mes enfants, il est jeune, beau, a des ailes. » Daphnis ! Chloé ! Le vieux chef de gare ! Et allez donc ! Je vous dis que mon mépris pour les gens m’étouffe. Ils ne m’ont pas vaincue, ils me dégoûtent. Je ne veux pas livrer les bonnes choses que je sens en moi ; j’aime mieux les détruire. D’ailleurs la vie est incapable de me plaire, il est donc naturel ! natu-rel, que je la quitte.

- Comme vous êtes exaltée !

- Moi ? Non, très tranquille. Je n’ai jamais eu tant de paix du cœur que depuis que ma décision est prise. Ah, sûrement, j’avais un goût un peu amer en m’échappant de la gare de Murat. J’étais cependant résignée à passer seule mes derniers instants. Mais vous vous êtes présenté, vous avez été bon, si bon, pour moi, meilleur que personne ne le fut jamais. Je vous remercie. Je n’ai que peu de jours à vivre, ils sont à vous, je vous les donne, c’est tout mon bien.

Hubert se sentait près d’être ému, mais embarrassé pour répondre. Il serrait la main de Pauline comme d’une personne souffrante. Heureusement le garçon du wagon-restaurant parcourait le couloir, appelant les dîneurs.

- Allons, dit Pauline.

Hubert l’embrassa d’un air pénétré et ils allèrent dîner.

Les tables étaient de quatre couverts. Hubert et Pauline se trouvèrent en face d’un général chamarré et d’un jeune Anglais neurasthénique. Le général était un quinquagénaire solide, aux cheveux en brosse, au teint rubicond ; il se versait de pleins verres de vin et parlait seul en secouant brusquement la tête ; l’Anglais, long, mince, avait la peau diaphane ; il buvait du champagne d’un air désespéré. Gênés par leur présence, les amants ne parlaient guère. Hubert réfléchissait aux déclarations de Pauline. « Elle a le génie des tirades, pensait-il, elle invente à mesure qu’elle parle, ou bien ses lectures lui remontent à la bouche ; c’est une femme à déclamation. » On croisa soudain un autre rapide, les vitres tremblèrent, chacun reçut comme un coup dans la figure. « Elle n’a pas bronché ! Quelqu’un qui penserait à mourir sous un train n’eût pu s’empêcher de sauter. Pourtant… elle a refusé un bijou ; cela n’est pas ordinaire. Mais elle paraît si heureuse de vivre ! Quand est-elle sincère ? »

N’importe ! Pauline était belle, jeune, Hubert jouissait d’elle et les hommes lui jetaient des regards d’envie.

Vers la fin du repas, elle dit à l’oreille d’Hubert :

- Regardez sous la table.

Il vit alors une botte du général et un escarpin du jeune Anglais sur les souliers de son amie.

- Hop-là ! s’écria-t-elle en retirant ses pieds.

Le général devint écarlate et l’Anglais manqua de s’évanouir.

- Pourquoi les hommes sont-ils répugnants ? dit-elle comme ils regagnaient leur wagon.

Hubert se sentait vexé sans qu’il sût pourquoi. Il prit un ton indifférent, désabusé. L’humanité ne lui inspirait ni dégoût ni sympathie.

- Comment ? interrogea Pauline.

- Ah ! J’ai vécu. Tout me fatigue.

- Je vous plains de tout cœur, fit-elle. C’est là le pire et vous méritez mieux.

« Que veut-elle dire ? pensa Hubert. Mais aussi que diable ai-je raconté » ?

Il ne voulait pas que la bonne opinion que Pauline avait de lui fût diminuée. Il éprouvait pour elle une espèce de respect. Il lui parla tendrement, ils reprirent leurs caresses et leurs rires.

Elle dit :

- Etes-vous toujours si blasé sur la vie ?

- Et vous, si décidée de la quitter ?

- Ce n’est pas la même affaire, répliqua-t-elle sérieusement.

On approchait de Paris. La pensée de se séparer de Pauline serrait le cœur d’Hubert, il s’en étonnait. Il lui saisit les mains et, la regardant au fond des yeux :

- Promettez-moi que nous nous reverrons. Je vous en supplie !

- Mais bien sûr, dit-elle.

Il lui donna une adresse poste restante. Pauline ignorant tout de Paris, Hubert la déposa devant un hôtel de la place de la République ; elle ne voulut pas qu’il descendît d’auto.

- Je vous écrirai demain, dit-elle.

Hubert n’insista pas, il se souvenait tout à coup qu’il était pressé de causer avec son père.

III

M. d’Outrepigny était un homme de soixante ans, haut, rond et sec, qu’on eût dit tourné dans du buis. Son crâne brillant, pareil à un œuf cuit au safran, se dressait entre deux touffes de poils blancs et raides. Des oreilles fortes en couleur semblaient faire escorte à son nez osseux, ondulé, strié de mille veinules pourpres. Il portait moustache. Sa nuque et son cou étaient d’un grain rouge et rugueux. Il avait l’œil vitreux, voilé, l’œil du vautour au repos ; mais quand il s’animait, cet œil lançait de longs rayons jaunes qui perçaient et brûlaient comme une flamme de chalumeau.

Il s’habillait avec recherche ; perle à la cravate, manchettes mousquetaire, guêtres blanches ; un mouchoir fin ornait sa pochette. M. d’Outrepigny vivait d’affaires ; sans avoir jamais possédé une tonne de marchandise, il vendait du caoutchouc, du vin, du nickel, des cuirs, de la pâte à papier, des pruneaux secs ou des tableaux anciens ; mais cela sentait l’expédient ; M. d’Outrepigny voulait se consacrer aux constitutions de sociétés et à l’exploitation de brevets. Informé du brevet B. Torillon par un intermédiaire, c’est lui qui avait découvert Blanche, établi contact avec Hubert, monté ce mariage. Hubert devait lui verser, sur la dot, soixante-dix mille francs afin de donner un nouvel essor à son cabinet.

Quand il arriva chez ses parents, rue Pigalle, Hubert reçut d’abord un paquet de reproches ; on était sans nouvelles depuis quarante-huit heures ; qu’avait-il fait ? que rapportait-il ? L’impatience dévorait son père. Hubert déclara d’un ton net :

- A Aurillac, tout bien. A Clermont, il faut travailler l’oncle.

- Le brevet ? questionna M. d’Outrepigny.

- En bonne voie.

Mme d’Outrepigny se tenait auprès d’eux. C’était une bourgeoise potelée, aux bandeaux gris ; elle se consolait des innombrables tromperies de son mari en peignant des fleurs à l’aquarelle, auprès d’une cage pleine d’oiseaux ; cela l’occupait tout le long du jour.

- Enfin… tu es content ? dit-elle.

- Oui, mère.

Son devoir maternel rempli, Mme d’Outrepigny retourna vite à ses couleurs. Hubert narrait à son père ses tactiques et stratagèmes d’Aurillac, son succès, la promesse de Blanche, l’entrevue avec l’oncle, qu’il allongeait et nuançait à plaisir.

- Ecris de suite à ta fiancée, ordonna M. d’Outrepigny. Une lettre par jour, quelquefois deux : souffle sur la braise.

Il prit son menton dans sa main et resta songeur, tandis qu’Hubert, gravissant deux étages, gagnait son logis de garçon.

Il avait là deux pièces où il était le maître. Il fit une longue toilette, sifflota, fuma, écrivit à Blanche, pensa à Pauline, enfin dormit. Le lendemain lui parut fade. « Que peut-elle faire ? se demandait-il. Au hasard, dans Paris… Non, non ! Elle m’a conté une histoire absurde. Elle est venue retrouver quelqu’un, et moi, je lui ai servi de cavalier ! J’ai ce que je mérite. Je me crois trop malin. L’Auvergne se venge ! »

Il courut à la poste dès le surlendemain matin et trouva une petite lettre de Pauline, fort bien tournée, le remerciant de ses gentillesses et l’avisant : « qu’elle se promènerait vers six heures sur la place de la République ».

Ils se revirent avec bonheur. Hubert prit le bras de Pauline et l’entraîna rapidement ; ils marchaient du même pas.

- Qu’avez-vous fait hier, Pauline ?

- Je me suis bien ennuyée. Votre Paris n’est pas beau, non, pas beau du tout. De Murat on s’en fait une autre idée. Les maisons sont petites, sales, les boulevards étroits et les parisiennes moins élégantes qu’on le dit. Je croyais trouver une ville grandiose, elle est grande, pas plus. Les gens y ont les traits tirés et l’air malheureux.

- Vous n’avez causé avec personne ?

- Non. J’ai seulement pris le thé tout à l’heure avec une dame très gentille. Elle m’a remarquée ce matin au restaurant, parce que j’étais seule, m’a-t-elle dit, et que je ne semblais pas heureuse. Nous avons beaucoup causé.

- Vraiment ?

- Elle m’a demandé si je suis mariée, si je suis majeure, si j’ai des mais, des parents, que sais-je encore ! Elle s’intéresse beaucoup à moi. « Aimez-vous les voyages, mademoiselle ? Une jeune fille instruite, agréable, et cætera, j’en passe – trouverait sans peine une place de lectrice à l’étranger. J’ai des amies à Buenos-Aires, à Varsovie, au Caire, un peu partout. Vous me plaisez tant que je voudrais vous rendre service. » Elle-même est de nationalité anglaise, mais née en Portugal.

- Je pense que cette dame vous a laissé son adresse ?

- Hé bien, pas du tout. Je dois reprendre le thé avec elle à la même place.

- Gardez-vous, ma chérie, des gens qui vous témoignent subitement tant d’intérêt !

- Ai-je donc eu tort de me confier à vous ? Oh, ne prenez pas cette mine triste ! Je ne reverrai pas la dame aux voyages puisque cela vous déplaît. Je ne l’écoutais que par sympathie, car vous savez bien que pour le voyage que je dois faire…

- Chut ! Oh ! chut ! Je vous ferme la bouche !

- Voilà, dit-elle, la seule bonne chose de Paris, c’est de pouvoir s’embrasser dans la rue.

Ils dînèrent dans une brasserie du boulevard. Hubert proposa d’aller au théâtre ou au concert.

- Je suis fatiguée, répondit Pauline. Un petit tour à pied, et dodo.

- Irons-nous à votre hôtel ?

- On me jugerait mal.

Ils passèrent donc la nuit dans une maison de la rue de Londres où l’on recevait beaucoup de couples. Leur chambre possédait toutes sortes de petites commodités ; mais leurs voisins se disputèrent, se bousculèrent, puis se réconcilièrent de façon gênante. Hubert regrettait d’être venu là, mais Pauline avait quelque chose de propre et de net qui embellissait tout autour d’elle.

Au matin, Hubert prit juste le temps de courir chez lui, il écrivit deux lettres à Blanche Torillon et les jeta dans deux boîtes différentes. Pauline l’attendait à midi. Elle portait un chapeau joli, hardi, une voilette flottante à ramages, des souliers coquets et un parapluie à parure d’ivoire. « Diable ! se dit Hubert. On s’attache à l’existence ! » Il la complimenta.

- Je suis allée au « Printemps », dit Pauline. Ah, quelle chance ont les femmes de Paris ! Et comme elles en profitent bien ! Je les regardais, elles vont, viennent, passent, soulèvent un bout d’étoffe, et toc ! les voilà décidées. Mais nous petites provinciales, lectrices des Jolies Modes et de la Vie Parisienne, nous avons peur dans notre choix. Ai-je réussi ? Tant mieux.

A présent, Pauline mettait son parapluie sous le bras, prenant modèle sur les élégantes de cette époque. Elle avait saisi leur léger roulement de hanches et ce coup de mollet à la fois sec et languissant qui rendait leur démarche si provocante. Hubert la conduisit au Bois, et la crainte de nuire à son mariage l’empêcha seule de se montrer avec Pauline dans les pavillons à la mode.

Il était dans un singulier état. Mû par une espèce de jalousie, il demandait à Pauline son temps presque entier, jours et nuits ; jamais la jeune fille n’hésita, cette grande intimité semblait lui plaire.

Quelques jours se passèrent ainsi. Hubert fut lassé le premier. Son grand et gros corps n’en pouvait plus ; il souffrait de vertiges et, par moments, son cœur sautait comme un oiseau fou. « Ces jeunes moteurs consomment terriblement », pensait-il, en considérant Pauline dont les traits n’accusaient aucune fatigue. Une voix secrète l’avertissait aussi que cette aventure tournait au danger.

- Quel ennui ! dit-il un matin. Des affaires m’appellent à Caen, je suis obligé d’y passer une semaine.

C’était un mensonge, afin de se reposer quelque temps.

- Quand partez-vous ? demanda simplement Pauline.

- Après-demain.

L’automne était beau. Ils décidèrent de passer la dernière journée dans les bois qui avoisinent Paris et se rendirent à Chaville. Ils coururent tout le jour ; l’air frais leur faisait du bien. Vers le soir, ils s’égarèrent et découvrirent une maison forestière perdue dans un coin de futaie. On accepta de les y recevoir. Ils s’assirent devant le seuil en attendant le dîner. Le garde, vêtu de velours, jouait non loin avec deux jeunes enfants ; sa femme préparait le repas dans la cuisine où des ustensiles de cuivre brillaient aux reflets du foyer.

- N’est-ce pas, dit Pauline, l’image même du bonheur ?

Elle soupira, se leva, Hubert la suivit et ils s’éloignèrent silencieusement. La mousse élastique et les feuilles sèches portaient leurs pas. Ils se trouvaient dans une clairière où le crépuscule laissait traîner ses derniers feux ; le carrefour semblait d’or clair ; deux hautes allées, percées dans la futaie vers le couchant, brûlaient d’une flamme rouge ; les allées opposées s’enfonçaient au contraire dans une ombre brune au bout de laquelle flottait une vapeur fine, bleuâtre, sur l’eau vert pâle de quelques pièces d’eau ; là, serpentait, après un passage à niveau, la voie ferrée qui se courbait entre les étangs. Nul bruit, nul appel. Alors, la voix de Pauline s’éleva ; elle n’avait jamais été si musicale et ses inflexions basses touchaient profondément le cœur d’Hubert. Elle récita :

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire
A ses regards voilés je trouve plus d’attraits :
C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.

Ainsi prête à quitter l’horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui,
Je me retourne encore et d’un regard d’envie
Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui.

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme au bord de mon tombeau.
L’air est si parfumé ! La lumière est si pure !
Aux regards d’un mourant le soleil est si beau !

La larme dont elle parlait tomba sur la main d’Hubert ; cette goutte chaude le fit tressaillir. L’heure obscure, le rythme des vers lamartiniens, leur sentiment si doux et si mélancolique, et la vue de Pauline aux yeux noyés, aux lèvres frémissantes, tout le jetait dans un trouble incompréhensible. Il se mit à pleurer. Pauline avait récité ces trois strophes avec un accent ferme et résigné qui faisait peur. Voulait-elle vraiment mourir ? La nuit était presque close ; une odeur amère s’exhalait du sol et des arbres. Ils rentraient sans mot dire ; lui, soutenait la marche de Pauline ; la tête de la jeune fille roulait doucement sur son épaule ; ils échangèrent tout à coup un baiser avide, et leurs visages en pleurs, penchés l’un vers l’autre, s’interrogèrent avec passion. Mais il n’en sorti aucune parole.

Tout en dînant ils soupiraient et riaient. Ils s’aimèrent cette nuit-là mieux que jamais.

- Rentrez-vous à Paris avec moi ?

- Non, dit Pauline, vous allez en repartir pour Caen. Je reste encore quelques heures dans ce bel endroit.

Elle le regarda se vêtir, attacher son col, nouer sa cravate. Ses yeux se mouillèrent à nouveau quand il lui dit adieu.

- Qu’as-tu ? lui demanda-t-il.

- L’idée de cette petite séparation.

- Mais ce n’est rien ! Une semaine !

« Les femmes s’attachent plus que les hommes », nota Hubert en fermant la porte ; il avait déjà remarqué cela. Pauline se tenait à la fenêtre, et lui fit des signes avec son mouchoir aussi longtemps qu’il fut en vue.

Hubert se reposa d’abord avec délices. Puis il s’ennuya. Il n’osait trop sortir, craignant de rencontrer Pauline. Son petit appartement l’étouffait. S’il descendait chez ses parents, son père ne lui parlait que de mariage, et les oiseaux de sa mère lui cassaient la tête. Il fuma toutes ses pipes et fit de la gymnastique en chambre, puis décida d’aller au café et de visiter ses amis. Mais l’impatience fut plus forte, il ne laissa pas s’écouler la semaine entière. Pauline lui avait dit : « Je vous écrirai pendant votre absence, vous verrez ainsi que j’ai pensé à vous. » Le cinquième jour, il se rendit donc au bureau de poste. Il y trouva une seule lettre, triste et tendre, où Pauline parlait « du grand chagrin de son cœur. » « Je me suis fait conduire à Saint-Cloud, disait-elle, je viens d’y déjeuner, et je regarde la Seine qui coule sous le ciel d’automne ; l’existence est lourde, je la traîne comme un manteau de plomb. »

« Nous allons arranger cela », murmura Hubert en souriant. Il lui envoya à son hôtel un petit bleu lui donnant rendez-vous le soir même, place de la République. Mais elle n’y vint pas. Hubert pensa qu’elle n’était pas rentrée à l’hôtel cet après-midi, et proposa un nouveau rendez-vous pour le lendemain matin. Pauline ne parut pas davantage. « Elle n’a pas couché chez elle, dit Hubert, fronçant le sourcil, il me faudra des explications. » Que faire en attendant ? Hubert perdit le sommeil et l’appétit. « Parbleu ! se dit-il. Un beau cavalier me l’aura soufflée ! Une jolie fille ne manque pas d’amateurs et celle-ci n’est pas dure. La pièce est jouée, bonsoir. » Dans le fond, il était malheureux et cherchait à se consoler. « Elle ne m’a pas cramponné. C’était une aventure absurde ! Bonsoir ! Bonsoir ! » Il allait néanmoins à la poste et son cœur battait chaque fois. Son orgueil masculin n’acceptait pas que Pauline l’eût délaissé. Il supposait alors qu’elle avait revu la dame aux voyages, qu’elle était tombée dans les mains d’affreux traitants et qu’elle l’appelait du fond de quelque maison close. Ah ! quelle obsession ! Comment chasser cette image de Pauline ? Hubert jurait de n’y plus penser. L’instant d’après, il relisait les deux seules lettres qu’il eût d’elle, ou contemplait une petite photographie qu’elle lui avait donnée.

Pour achever, il reçut de fâcheuses nouvelles d’Aurillac. Blanche lui avait écrit en cachette que l’oncle de Clermont était venu, que la famille avait tenu conseil, qu’on avait décidé de lui vendre le brevet.

- Les misérables ! s’écria M. d’Outrepigny. Céder le brevet ! Mais c’est le meilleur de l’affaire ! Et cette petite oie ! A-t-elle signé ?

Homme de décision, M. d’Outrepigny prit le premier train pour Aurillac. Hubert, absolument prostré, l’accompagna jusqu’à la gare, puis, abandonnant toute prudence, se présenta à l’hôtel de la place de la République.

- Mademoiselle Nouara ? répondit le portier. Voyons, Nouara… Nouara… Oui, cette demoiselle n’a pas reparu depuis plusieurs jours, mais elle occupe encore sa chambre ; elle y a laissé sa valise et son sac à main.

L’anxiété d’Hubert redoublait. Il entra dans un bar et commanda une boisson très forte. Pour s’occuper l’esprit, il parcourut un journal du soir, mais tout à coup se mit à trembler en lisant ceci :

« QUELLE EST CETTE FEMME ?

« CHAVILLE, 5 octobre. – On a découvert le cadavre d’une jeune femme dans la région des étangs, sur la voie ferrée. Le corps était coupé en deux. Point de papiers, linge démarqué. Enquête. »

Hubert ne sut jamais comment il avait payé sa consommation ni quitté ce bar. Il reprit conscience sur les grands boulevards où les passants, les autos, les maisons tournaient follement autour de lui. Le sang-froid lui revint peu à peu : « Il ne me manquait que cela », gémit-il. Le journal se trouvait toujours dans sa main, il le rejeta avec horreur. Il ne put dîner, mais dormit comme une bûche et en fut surpris à son réveil.

« Pauvre petite, songeait-il, dans son lit, elle avait son idée fixe… Elle n’était pas méchante… Quand une Auvergnate fait de la poésie, elle va jusqu’au bout. » Il fut tout le jour comme un homme frappé par le sort.

- Qu’as-tu ? lui demandèrent ses amis.

- Rien. Je ne peux le dire.

On reçut le soir un télégramme de M. d’Outrepigny, parlant d’ « heureux voyage » et annonçant son retour pour le lendemain. Hubert estimait son père, esprit positif, qui savait diriger sa vie parmi de grands hasards. M. d’Outrepigny ne prêtait pas à la critique ; il possédait trois domiciles : le domicile conjugal, rue Pigalle, son bureau d’affaires, rue Saint-Lazare, et un logement galant, secret, mais connu de tous ; les trois plans de cette existence restaient séparés ; M. d’Outrepigny savait les convenances, ménageait l’opinion, et celle-ci lui en savait gré en fermant les yeux.

« Oui, songeait Hubert, tout est question de doigté. La pauvre Pauline en manquait. Elle bousculait l’ordre établi, ça lui a coûté cher, Pauvre petite. Pauvre petite. »

Les nouvelles qu’apportait M. d’Outrepigny étaient vraiment bonnes, le contentement se lisait sur sa figure.

- Tout va bien, dit-il en arrivant. Tout – va – bien. Nous dînerons en ville, Hubert moi, nous avons besoin de parler sérieusement.

Il prit juste le temps de sa toilette et reparut en vêtement du soir, ganté, rose blanche à la boutonnière. Hubert le suivit.

- L’oncle est rasé, dit M. d’Outrepigny dans la rue. Le brevet nous reste et tu te maries dans six semaines. Ah, j’ai eu du mal. Mais, dit-il en frappant un coup sec avec sa canne, je joue le grand jeu quand ça vaut la peine ! Nous avons bien gagné un bon dîner.

Ils allèrent dans un restaurant de la place Pigalle. M. d’Outrepigny s’y trouvait un peu chez lui, on l’y aimait, les garçons s’inclinaient à son passage, il serrait des mains de messieurs à droite, à gauche ; des demoiselles empanachées le saluaient d’un sourire discret ou clignaient de leurs yeux peints, il leur répondait négligemment. C’était bien.

Pourtant, il dînait depuis un moment, quand une des filles rangées sur la banquette opposée s’approcha de lui ; c’était une gamine, encore mal éduquée.

- Bonsoir, monsieur Dudule, dit-elle.

M. d’Outrepigny garda le silence.

- Dis, mon coco, demanda-t-elle, tu m’offres une goutte de champagne ?

- Veuillez vous retirer, Odette, dit M. d’Outrepigny.

- Rien qu’une goutte ? Au fond de ton verre ? J’aime tant le champagne, coco !

- Mademoiselle, prononça le vieillard, ne m’obligez pas à vous signaler au gérant.

- Quel vieux dégoûtant, maugréa la petite en s’éloignant.

- Le respect se perd, dit avec sang-froid M. d’Outrepigny à son fils.

Quand on fut au dessert, il attaqua la grande histoire.

- Mon petit, dit-il, j’ai conquis ce brevet, il était fichu pour nous sans mon voyage ; s’il n’appartient qu’à toi légalement, j’ai droit honnêtement à une part. Voici l’accord que je te propose. Le « changement de vitesse à disque » t’assure, comme constructeur d’autos, la supériorité sur le marché français, c’est un gros denier. Toi, tu m’en concèdes l’exploitation à l’étranger. Sois tranquille, je ménagerai ton intérêt ! Nous manions un levier à deux branches, mais le manche est commun. Ai-je ta parole ? Merci. Cela, bien entendu, vient en plus des soixante-dix mille francs que tu t’es engagé à me verser.

M. d’Outrepigny était enchanté et trouvait un goût exquis à son cigare. Il narra quelques incidents de sa lutte avec la famille Torrillon.

- C’est à la petite que nous devons le succès, confia-t-il. Elle nous a soutenus mordicus. Elle en tient pour toi. Elle a été superbe. C’est une rude fille, Hubert ! Tu lui dois quelque chose, aime-la bien. C’est elle qui a voulu que la cession se fit de suite et par écrit. Oui, j’ai rapporté l’acte, mais je l’ai déposé dans mon secrétaire à la maison. Je te le remettrai en rentrant.

Puis il se répandit en bons conseils. Les fiançailles d’Hubert allaient être publiques. On l’interrogerait. Qu’il ne dise pas : « Ma fiancée est Auvergnate », mais : « Elle est du Plateau Central. » A tous, il devait répondre encore : « C’est un mariage d’inclination. »

- Hubert, te voilà dans le droit chemin. Tu n’as qu’à marcher devant toi, ta vie est faite.

Hubert lâchait aussi de bonnes bouffées de cigare et l’avenir lui semblait agréable.

Ils rentrèrent. Hubert monta chez lui. Lentement il posa son chapeau, ôta son pardessus, rangea ses gants… Il prit dans un tiroir les deux lettres de Pauline et les relut en hochant la tête ; une dernière fois, il contempla les traits de la jeune fille sur la photographie et jeta le tout dans le feu.

Son père ouvrit la porte, tenant l’acte à la main. Il vit Hubert qui, les yeux humides, regardait se consumer les lettres et le portrait.

- Ah, dit-il… C’est une liquidation ?

Hubert fit un signe affirmatif. M. d’Outrepigny lui posa la main sur l’épaule et dit :

- Je crois que tu seras un bon mari.

- Je le crois aussi, dit Hubert.

Ils se considéraient face à face et avec émotion, car ils vivaient une de ces fortes minutes où l’on se reconnaît du même sang.

Michele Paris – Iran: tra sanzioni e minacce

L’escalation di minacce e intimidazioni da parte americana verso l’Iran sembra non conoscere alcuna tregua in queste prime settimane del nuovo anno. Alle misure già adottate di recente, il Congresso di Washington sta infatti per aggiungere una nuova serie di sanzioni economiche che, se implementate, produrrebbero effetti ancora più disastrosi per la Repubblica Islamica. Parallelamente, da Israele continuano a giungere preoccupanti segnali di una possibile aggressione militare preventiva contro le installazioni nucleari iraniane, con conseguenze potenzialmente rovinose per la stabilità dell’intero Medio Oriente.

Il nuovo round della guerra economica lanciata contro Teheran è andato in scena qualche giorno fa alla commissione del Senato americano con competenza sulle questioni bancarie, la quale ha approvato all’unanimità un provvedimento per imporre l’espulsione dell’Iran dalla rete mondiale interbancaria SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication). La misura impedirebbe di fatto all’Iran di ricevere quotidianamente miliardi di dollari in entrate dall’estero, trasferiti al sistema bancario locale tramite questo network.

Le nuove sanzioni andrebbero ad aggiungersi a quelle firmate da Obama il 31 dicembre scorso e che penalizzano tutte le istituzioni pubbliche e private che fanno affari con la Banca Centrale iraniana. Pochi giorni fa, inoltre, anche l’Unione Europea aveva preso una propria iniziativa, imponendo un embargo sul petrolio proveniente dall’Iran che entrerà in vigore definitivamente il primo luglio.

Il Congresso americano, fortemente influenzato dalle lobby israeliane di estrema destra, ha così mostrato nuovamente di non nutrire alcuno scrupolo nel suo tentativo di spingere l’Iran verso un cambiamento di regime. A promuovere la più recente misura punitiva, tuttavia, è stata in particolare l’organizzazione legata agli ambienti neo-con, United Against Iran, la quale da tempo funge da mezzo di diffusione di propaganda e menzogne contro l’Iran con il pretesto di impedire a Teheran di giungere a costruire un ordigno nucleare.

Per il suo presidente, Mark D. Wallace (già ambasciatore presso l’ONU per l’amministrazione di George W. Bush, nonché membro del team legale dell’ex presidente repubblicano durante il riconteggio delle elezioni presidenziali del 2000 in Florida), la SWIFT starebbe peraltro contravvenendo da qualche tempo ad altre sanzioni già approvate contro l’Iran e perciò sarebbe necessario che interrompesse ogni legame d’affari con Teheran.

La legge in discussione a Washington – Iran Sanctions, Accountability and Human Rights Act -passerà ora all’esame dell’aula del Senato, dove dovrebbe essere approvata senza difficoltà. Oltre a costringere la società con sede a Bruxelles ad escludere l’Iran dalla sua rete interbancaria, sono previste anche altre sanzioni. Tra di esse spicca l’obbligo per tutte le compagnie quotate nella borsa americana di rivelare qualsiasi legame con aziende o individui iraniani sulla lista nera di Washington e il divieto di rilasciare visti d’ingresso per quegli studenti iraniani che intendono intraprendere negli USA un percorso di studi nell’ambito energetico.

Nonostante le incessanti pressioni, il governo di Teheran continua ad alternare dure risposte alle provocazioni con segnali distensivi. Qualche giorno fa l’Iran ha ad esempio ospitato una delegazione di ispettori dell’Agenzia Internazionale per l’Energia Atomica (AIEA), mentre ha più volte manifestato la disponibilità a riaprire i colloqui sulla questione del nucleare.

Se gli Stati Uniti sono dunque ufficialmente in prima linea sul fronte delle sanzioni, è invece Israele che alimenta le speculazioni su un possibile imminente attacco preventivo in territorio iraniano. Venerdì, il Washington Post ha riportato i timori espressi anche dal governo americano per un’eventuale azione unilaterale israeliana che potrebbe scatenare un conflitto ben più ampio nella regione. Nel corso di un meeting NATO a Bruxelles, il Segretario alla Difesa, Leon Panetta, giovedì ha infatti dichiarato che “Israele sta prendendo in considerazione un attacco mentre noi abbiamo manifestato le nostre preoccupazioni”.

Le più recenti apprensioni sarebbero state provocate dalle parole del Ministro della Difesa israeliano, Ehud Barak, in una conferenza nella città costiera di Herzliya. Per l’ex leader laburista il tempo a disposizione per impedire all’Iran di produrre un’arma atomica sta scadendo, dal momento che il regime sta trasferendo le attrezzature relative al proprio programma nucleare in una struttura-bunker presso la località di Qom. Chiudendo il suo intervento di fronte ai vertici militari e dell’intelligence, Barak sarebbe poi passato significativamente dalla lingua ebraica all’inglese, ammonendo che “più tardi è troppo tardi”. Una frase che rappresenta con ogni probabilità un messaggio non troppo velato a quanti, soprattutto a Washington, chiedono a Israele di avere pazienza e di aspettare gli effetti delle sanzioni.

Inoltre, il recente rinvio dell’esercitazione congiunta tra militari americani e israeliani (“Austere Challenge 12”), inizialmente prevista per il mese di aprile, secondo alcuni non sarebbe stato un segnale per stemperare la tensione con l’Iran., bensì una prova stessa delle intenzioni di Tel Aviv di attaccare in primavera o all’inizio dell’estate. Il governo israeliano, infatti, avrebbe chiesto di spostare l’esercitazione perché essa avrebbe sottratto alle proprie forze armate risorse importanti da impiegare in un’operazione militare contro la Repubblica Islamica.

La contrarietà americana pare essere stata esposta direttamente al premier Netanyahu e allo stesso Barak dal capo di Stato Maggiore USA, generale Martin Dempsey. Il 20 gennaio scorso, quest’ultimo avrebbe riferito al governo israeliano che gli Stati Uniti non prenderanno parte ad una guerra contro l’Iran scatenata da Tel Aviv senza l’OK di Washington. In precedenza, anche il numero uno del Pentagono in un’intervista alla CBS aveva affermato che, in caso di attacco israeliano, gli USA si dedicherebbero esclusivamente a proteggere le proprie forze armate da eventuali ritorsioni da parte iraniana.

Il governo israeliano non sembra comunque scoraggiato dalla riluttanza americana e, anzi, sono in molti a sostenere che il governo di estrema destra guidato da Netanyahu voglia deliberatamente provocare frizioni con l’amministrazione Obama per mettere sotto pressione la Casa Bianca durante il periodo elettorale e ottenere il via libera all’attacco militare nei prossimi mesi.

Israele, d’altra parte, non sembra temere particolarmente la reazione di Teheran, ricordando agli alleati americani come un attacco simile contro un reattore nucleare in Siria nel 2007 non provocò alcuna rappresaglia. Secondo l’opinionista del Washington Post vicino agli ambienti d’intelligence a stelle e strisce, David Ignatius, calcolando eventuali razzi lanciati dall’Iran e da Hezbollah in Libano, Israele stima di dover “assorbire” non più di 500 vittime.

Per lo stesso Ignatius, il quale avanza anche l’ipotesi che Tel Aviv veda addirittura positivamente il mancato coinvolgimento americano in un conflitto con l’Iran, il piano di aggressione israeliano prevede una sorta di guerra lampo di pochi giorni con incursioni aeree limitate, seguite da un cessate il fuoco negoziato dall’ONU. Uno scenario, questo, fin troppo ottimistico e che, sovrapponendosi alle tensioni in Siria e agli effetti della Primavera Araba, quanto meno solleva più di una perplessità.

Anche se il messaggio trasmesso dagli USA a Israele appare insolito, l’amministrazione Obama e il complesso militare americano non sembrano in realtà nutrire particolari scrupoli per un’azione militare contro l’Iran. I vertici del governo e delle forze armate continuano infatti a sostenere che nei confronti della Repubblica Islamica ogni “opzione rimane sul tavolo”, mentre nelle ultime settimane la presenza militare americana nel Golfo Persico è notevolmente aumentata in vista di un possibile conflitto.

Quello che Washington non desidera è un attacco preventivo, perché estremamente impopolare. Piuttosto, un eventuale intervento armato dovrebbe essere legittimato da un casus belli, fornito dalla reazione di Teheran ad una delle svariate provocazioni che gli Stati Uniti e i loro alleati stanno mettendo in atto da tempo. In alternativa, la Casa Bianca continua a puntare su sanzioni punitive che colpiscono l’economia iraniana e indeboliscono il regime.

Nel frattempo, la propaganda anti-iraniana prosegue senza sosta. Qualche giorno fa, il capo dell’intelligence statunitense, James Clapper, nel corso di un’audizione al Congresso, senza presentare alcuna prova, ha espresso timori per la possibilità che l’Iran possa pianificare attentati terroristici sul territorio americano.

Venerdì, infine, il Wall Street Journal ha pubblicato un articolo dal titolo “Gli USA temono legami dell’Iran con Al-Qaeda”, secondo il quale Teheran avrebbe recentemente liberato e fornito un qualche appoggio materiale a cinque membri di alto livello appartenenti all’organizzazione che fu di Osama bin Laden e che erano agli arresti domiciliari fin dal 2003. Il pezzo, che considera solo sommariamente le note differenze strategiche tra l’Iran sciita e il radicalismo sunnita di Al-Qaeda, fa parte della campagna diffamatoria in atto da tempo nei confronti di questo paese, così da preparare l’opinione pubblica internazionale alle prossime azioni volte a provocare la caduta di un regime sempre meno gradito.L’escalation di minacce e intimidazioni da parte americana verso l’Iran sembra non conoscere alcuna tregua in queste prime settimane del nuovo anno. Alle misure già adottate di recente, il Congresso di Washington sta infatti per aggiungere una nuova serie di sanzioni economiche che, se implementate, produrrebbero effetti ancora più disastrosi per la Repubblica Islamica. Parallelamente, da Israele continuano a giungere preoccupanti segnali di una possibile aggressione militare preventiva contro le installazioni nucleari iraniane, con conseguenze potenzialmente rovinose per la stabilità dell’intero Medio Oriente.

Il nuovo round della guerra economica lanciata contro Teheran è andato in scena qualche giorno fa alla commissione del Senato americano con competenza sulle questioni bancarie, la quale ha approvato all’unanimità un provvedimento per imporre l’espulsione dell’Iran dalla rete mondiale interbancaria SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication). La misura impedirebbe di fatto all’Iran di ricevere quotidianamente miliardi di dollari in entrate dall’estero, trasferiti al sistema bancario locale tramite questo network.

Le nuove sanzioni andrebbero ad aggiungersi a quelle firmate da Obama il 31 dicembre scorso e che penalizzano tutte le istituzioni pubbliche e private che fanno affari con la Banca Centrale iraniana. Pochi giorni fa, inoltre, anche l’Unione Europea aveva preso una propria iniziativa, imponendo un embargo sul petrolio proveniente dall’Iran che entrerà in vigore definitivamente il primo luglio.

Il Congresso americano, fortemente influenzato dalle lobby israeliane di estrema destra, ha così mostrato nuovamente di non nutrire alcuno scrupolo nel suo tentativo di spingere l’Iran verso un cambiamento di regime. A promuovere la più recente misura punitiva, tuttavia, è stata in particolare l’organizzazione legata agli ambienti neo-con, United Against Iran, la quale da tempo funge da mezzo di diffusione di propaganda e menzogne contro l’Iran con il pretesto di impedire a Teheran di giungere a costruire un ordigno nucleare.

Per il suo presidente, Mark D. Wallace (già ambasciatore presso l’ONU per l’amministrazione di George W. Bush, nonché membro del team legale dell’ex presidente repubblicano durante il riconteggio delle elezioni presidenziali del 2000 in Florida), la SWIFT starebbe peraltro contravvenendo da qualche tempo ad altre sanzioni già approvate contro l’Iran e perciò sarebbe necessario che interrompesse ogni legame d’affari con Teheran.

La legge in discussione a Washington – Iran Sanctions, Accountability and Human Rights Act -passerà ora all’esame dell’aula del Senato, dove dovrebbe essere approvata senza difficoltà. Oltre a costringere la società con sede a Bruxelles ad escludere l’Iran dalla sua rete interbancaria, sono previste anche altre sanzioni. Tra di esse spicca l’obbligo per tutte le compagnie quotate nella borsa americana di rivelare qualsiasi legame con aziende o individui iraniani sulla lista nera di Washington e il divieto di rilasciare visti d’ingresso per quegli studenti iraniani che intendono intraprendere negli USA un percorso di studi nell’ambito energetico.

Nonostante le incessanti pressioni, il governo di Teheran continua ad alternare dure risposte alle provocazioni con segnali distensivi. Qualche giorno fa l’Iran ha ad esempio ospitato una delegazione di ispettori dell’Agenzia Internazionale per l’Energia Atomica (AIEA), mentre ha più volte manifestato la disponibilità a riaprire i colloqui sulla questione del nucleare.

Se gli Stati Uniti sono dunque ufficialmente in prima linea sul fronte delle sanzioni, è invece Israele che alimenta le speculazioni su un possibile imminente attacco preventivo in territorio iraniano. Venerdì, il Washington Post ha riportato i timori espressi anche dal governo americano per un’eventuale azione unilaterale israeliana che potrebbe scatenare un conflitto ben più ampio nella regione. Nel corso di un meeting NATO a Bruxelles, il Segretario alla Difesa, Leon Panetta, giovedì ha infatti dichiarato che “Israele sta prendendo in considerazione un attacco mentre noi abbiamo manifestato le nostre preoccupazioni”.

Le più recenti apprensioni sarebbero state provocate dalle parole del Ministro della Difesa israeliano, Ehud Barak, in una conferenza nella città costiera di Herzliya. Per l’ex leader laburista il tempo a disposizione per impedire all’Iran di produrre un’arma atomica sta scadendo, dal momento che il regime sta trasferendo le attrezzature relative al proprio programma nucleare in una struttura-bunker presso la località di Qom. Chiudendo il suo intervento di fronte ai vertici militari e dell’intelligence, Barak sarebbe poi passato significativamente dalla lingua ebraica all’inglese, ammonendo che “più tardi è troppo tardi”. Una frase che rappresenta con ogni probabilità un messaggio non troppo velato a quanti, soprattutto a Washington, chiedono a Israele di avere pazienza e di aspettare gli effetti delle sanzioni.

Inoltre, il recente rinvio dell’esercitazione congiunta tra militari americani e israeliani (“Austere Challenge 12”), inizialmente prevista per il mese di aprile, secondo alcuni non sarebbe stato un segnale per stemperare la tensione con l’Iran., bensì una prova stessa delle intenzioni di Tel Aviv di attaccare in primavera o all’inizio dell’estate. Il governo israeliano, infatti, avrebbe chiesto di spostare l’esercitazione perché essa avrebbe sottratto alle proprie forze armate risorse importanti da impiegare in un’operazione militare contro la Repubblica Islamica.

La contrarietà americana pare essere stata esposta direttamente al premier Netanyahu e allo stesso Barak dal capo di Stato Maggiore USA, generale Martin Dempsey. Il 20 gennaio scorso, quest’ultimo avrebbe riferito al governo israeliano che gli Stati Uniti non prenderanno parte ad una guerra contro l’Iran scatenata da Tel Aviv senza l’OK di Washington. In precedenza, anche il numero uno del Pentagono in un’intervista alla CBS aveva affermato che, in caso di attacco israeliano, gli USA si dedicherebbero esclusivamente a proteggere le proprie forze armate da eventuali ritorsioni da parte iraniana.

Il governo israeliano non sembra comunque scoraggiato dalla riluttanza americana e, anzi, sono in molti a sostenere che il governo di estrema destra guidato da Netanyahu voglia deliberatamente provocare frizioni con l’amministrazione Obama per mettere sotto pressione la Casa Bianca durante il periodo elettorale e ottenere il via libera all’attacco militare nei prossimi mesi.

Israele, d’altra parte, non sembra temere particolarmente la reazione di Teheran, ricordando agli alleati americani come un attacco simile contro un reattore nucleare in Siria nel 2007 non provocò alcuna rappresaglia. Secondo l’opinionista del Washington Post vicino agli ambienti d’intelligence a stelle e strisce, David Ignatius, calcolando eventuali razzi lanciati dall’Iran e da Hezbollah in Libano, Israele stima di dover “assorbire” non più di 500 vittime.

Per lo stesso Ignatius, il quale avanza anche l’ipotesi che Tel Aviv veda addirittura positivamente il mancato coinvolgimento americano in un conflitto con l’Iran, il piano di aggressione israeliano prevede una sorta di guerra lampo di pochi giorni con incursioni aeree limitate, seguite da un cessate il fuoco negoziato dall’ONU. Uno scenario, questo, fin troppo ottimistico e che, sovrapponendosi alle tensioni in Siria e agli effetti della Primavera Araba, quanto meno solleva più di una perplessità.

Anche se il messaggio trasmesso dagli USA a Israele appare insolito, l’amministrazione Obama e il complesso militare americano non sembrano in realtà nutrire particolari scrupoli per un’azione militare contro l’Iran. I vertici del governo e delle forze armate continuano infatti a sostenere che nei confronti della Repubblica Islamica ogni “opzione rimane sul tavolo”, mentre nelle ultime settimane la presenza militare americana nel Golfo Persico è notevolmente aumentata in vista di un possibile conflitto.

Quello che Washington non desidera è un attacco preventivo, perché estremamente impopolare. Piuttosto, un eventuale intervento armato dovrebbe essere legittimato da un casus belli, fornito dalla reazione di Teheran ad una delle svariate provocazioni che gli Stati Uniti e i loro alleati stanno mettendo in atto da tempo. In alternativa, la Casa Bianca continua a puntare su sanzioni punitive che colpiscono l’economia iraniana e indeboliscono il regime.

Nel frattempo, la propaganda anti-iraniana prosegue senza sosta. Qualche giorno fa, il capo dell’intelligence statunitense, James Clapper, nel corso di un’audizione al Congresso, senza presentare alcuna prova, ha espresso timori per la possibilità che l’Iran possa pianificare attentati terroristici sul territorio americano.

Venerdì, infine, il Wall Street Journal ha pubblicato un articolo dal titolo “Gli USA temono legami dell’Iran con Al-Qaeda”, secondo il quale Teheran avrebbe recentemente liberato e fornito un qualche appoggio materiale a cinque membri di alto livello appartenenti all’organizzazione che fu di Osama bin Laden e che erano agli arresti domiciliari fin dal 2003. Il pezzo, che considera solo sommariamente le note differenze strategiche tra l’Iran sciita e il radicalismo sunnita di Al-Qaeda, fa parte della campagna diffamatoria in atto da tempo nei confronti di questo paese, così da preparare l’opinione pubblica internazionale alle prossime azioni volte a provocare la caduta di un regime sempre meno gradito.

da: www.altrenotizie.org

Michele Paris – Congo: brogli e violenze

Nella Repubblica Democratica del Congo, lunedì ha avuto inizio il secondo voto ufficialmente democratico nella travagliata storia del paese centro-africano. I 32 milioni di elettori registrati si sono recati alle urne tra violenze, intimidazioni e accuse di brogli per scegliere i membri del nuovo Parlamento e, soprattutto, il prossimo Presidente, una carica contesa tra Joseph Kabila (in carica dal 2001) e il principale esponente dell’opposizione, il veterano Étienne Tshisekedi.

Il primo voto organizzato interamente dal governo locale senza l’aiuto della comunità internazionale ha fatto registrare da subito una serie infinita di difficoltà. Oltre agli svariati assassini tra le varie fazioni alla vigilia dell’appuntamento elettorale, lunedì in molti seggi sono emersi innumerevoli problemi logistici, come la mancanza di schede o l’assenza di nomi di elettori dai registri ufficiali.

Alla luce delle difficoltà riscontrate quasi ovunque nel paese, la commissione elettorale del Congo ha alla fine deciso di prolungare le operazioni di voto nella giornata di martedì. I risultati finali sono attesi non prima della prossima settimana, visti anche i tempi necessari per il trasferimento delle schede elettorali dalle località più remote alla capitale, Kinshasa, in un paese che dispone di una rete stradale a dir poco disastrata.

Nelle settimane che hanno preceduto il voto, le violenze sono state attribuite soprattutto alle forze di sicurezza del presidente Kabila, le quali si sono rese protagoniste di arresti e torture nei confronti dei sostenitori dell’opposizione. Uno degli episodi più gravi fin qui registrati durante il voto è avvenuto invece a Lubumbashi, capitale della provincia meridionale di Katanga al confine con lo Zambia. Secondo quanto riferito dal Ministero degli Interni, in questa città, ritenuta una delle più prospere e pacifiche del Congo, un gruppo di ribelli mascherati avrebbe attaccato un seggio e un mezzo che trasportava materiale elettorale, causando la morte di cinque persone nel conseguente scontro a fuoco con polizia.

Inoltre, nella provincia del Kasai occidentale, baluardo dell’opposizione, alcuni attivisti hanno dato fuoco a decine si seggi, mentre a est, nel Nord-Kivu, ufficiali dell’esercito sarebbero andati di villaggio in villaggio intimando ai residenti di votare per il presidente Kabila.

I timori più diffusi per la possibile esplosione di nuove violenze riguardano in ogni caso il probabile esito incerto della corsa alla presidenza. Degli undici candidati alla guida del paese, gli unici due con concrete possibilità di successo sono appunto Kabila e Tshisekedi. Quest’ultimo, oppositore storico del deposto dittatore Mobutu Sese Seko e tre volte primo ministro tra il 1991 e il 1997, si é infatti già autoproclamato vincitore delle elezioni, minacciando di far scendere per le strade i suoi sostenitori se i risultati ufficiali non dovessero premiarlo.

Il quasi 79enne Étienne Tshisekedi risulta molto popolare a Kinshasa ed è il leader del gruppo etnico Luba, uno dei più numerosi del paese. Pur essendo in assoluto il politico di opposizione più conosciuto, le divisioni sul fronte anti-Kabila potrebbero penalizzarlo. Il 40enne presidente in carica, oltretutto, è favorito da una modifica costituzionale che ha fatto approvare recentemente e che ha soppresso il secondo turno di ballottaggio nelle elezioni presidenziali. Eventuali dispute, inoltre, saranno decise da una commissione elettorale affollata da membri fedeli a Kabila e guidata dall’amico personale del presidente, Daniel Ngoy Mulunda.

Pur essendo favorito, per molti osservatori Kabila potrebbe essere costretto a far ricorso a brogli elettorali per rimanere in sella. Nel voto del 2006 fu decisivo per il suo successo l’appoggio delle regioni orientali del paese, dove oggi deve invece far fronte alla candidatura autorevole di Vital Kamerhe, ex speaker dell’Assemblea Nazionale e già ministro dell’Informazione. Joseph Kabila è al potere in Congo da quasi undici anni, da quando cioè è succeduto al padre, Laurent-Désiré Kabila, protagonista della deposizione di Mobutu Sese Seko nel 1997 e assassinato nel gennaio del 2001.

I problemi legati ad un voto caotico e dalla più che dubbia regolarità sono comunque molteplici, a cominciare dalla quantità dei candidati. In corsa per i 500 seggi della camera bassa (Assemblea Nazionale) ci sono addirittura 18 mila candidati, mentre in un solo distretto elettorale sono in corsa 1.400 candidati per un singolo seggio.

Inoltre, la legittimità di molti candidati solleva perplessità. In un distretto nella parte orientale del paese, ad esempio, il comandante Ntabo Ntaberi Sheka è alla ricerca di un seggio nel Parlamento nonostante nei suoi confronti il governo centrale abbia emesso un mandato di arresto. Sheka è a capo della milizia paramilitare Mai Mai che nel luglio dello scorso anno commise centinaia di stupri durante un blitz in alcuni villaggi nella stessa area dove ora è candidato.

Secondo quanto riportato dalla testata americana The Christian Science Monitor, l’esito del voto potrebbe avere conseguenze molto gravi sulla stessa integrità nazionale della Repubblica Democratica del Congo. In particolare, in caso di mancata rielezione di Joseph Kabila, le province orientali di Nord e Sud-Kivu sarebbero pronte a dichiarare la secessione. Qui opera il Congresso Nazionale per la Difesa del Popolo (CNDP), una milizia armata Tutsi sostenuta dal governo ruandese che nel 2009 aveva siglato un accordo di pace con Kabila, trasformandosi in un partito politico e integrando i suoi membri nell’esercito regolare.

Il CNDP ha fornito tutto il suo appoggio alla candidatura di Kabila, per il quale ha svolto un’aggressiva campagna elettorale, e una sua eventuale sconfitta potrebbe far riesplodere le tensioni nell’area più precaria del paese. Soprattutto, il CNDP teme un successo di Tshisekedi, il quale recentemente ha affermato che, nel caso fosse eletto presidente, procederebbe a cacciare dal Congo tutti i ruandesi e i loro simpatizzanti, riferendosi precisamente a Kabila e al CNDP stesso.

Dopo il periodo coloniale belga, il Congo (ex Zaire) è stato sottoposto a 31 anni di durissima dittatura sotto Mobutu Sese Seko, deposto solo nel 1997 dalle forze ribelli appoggiate dagli eserciti dei vicini Ruanda, Burundi e Uganda. Da allora il paese, ribattezzato Repubblica Democratica del Congo, è sprofondato nelle violenze di due guerre civili che hanno fatto più di un milione di vittime. La situazione nel paese è tuttora drammatica, soprattutto nelle province orientali, dove continuano ad imperversare svariati gruppi paramilitari.

Tutto questo nonostante il Congo sia uno dei paesi con le maggiori ricchezze naturali del continente africano, con vaste riserve di diamanti, oro, cobalto, rame, petrolio e legname. I benefici di queste risorse, tuttavia, sono andati puntualmente ad una ristretta élite di potere, mentre la gran parte della popolazione è costretta a vivere in estrema povertà, come conferma l’ultimo posto occupato dal Congo nella classifica stilata dall’ONU sull’indice di sviluppo umano di 187 paesi.

Il Congo, infine, ha anche una enorme importanza strategica per l’intera regione centro-africana. L’eventuale instabilità in cui il voto di questi giorni potrebbe far ripiombare il paese potrebbe infatti avere conseguenze pericolose su molti dei nove stati con i quali confina, come i fatti del recente passato hanno già ampiamente dimostrato.

da: www.altrenotizie.org

Michele Paris – Obama, scene da basso impero

Ultimato alle Hawaii il vertice APEC (Cooperazione Economica dell’Asia e del Pacifico), il presidente americano Barack Obama è atterrato mercoledì in Australia per una visita destinata a cementare la partnership militare tra i due paesi alleati in funzione anti-cinese. In occasione dell’incontro tra l’inquilino della Casa Bianca e il primo ministro, Julia Gillard, è stato festeggiato il 60esimo anniversario dell’alleanza militare tripartita tra USA, Australia e Nuova Zelanda (ANZUS) e, soprattutto, è stato dato l’annuncio ufficiale del prossimo dispiegamento di truppe militari americane sul suolo australiano.

In una conferenza stampa congiunta nella capitale, Canberra, Obama e il premier laburista Gillard hanno presentato il progetto di collaborazione che prevede, a partire dal prossimo anno, la presenza di circa 250 marines americani in una base di Darwin, nel nord dell’Australia. Il numero dei militari a stelle e strisce potrebbe salire fino a 2.500 nei prossimi cinque anni. Inoltre, secondo l’accordo bilaterale, l’Australia ospiterà a rotazione un certo numero di aerei da guerra statunitensi e viceversa.

Il patto tra i due paesi non si tradurrà nella creazione di una base americana stabile in Australia ma permetterà ai militari USA di avere più rapido accesso a un’area cruciale del sud-est asiatico come quella del Mar Cinese Meridionale. Dal nord dell’Australia è infatti più agevole raggiungere questa regione che dalle basi americane situate in Giappone e in Corea del Sud. In realtà, gli Stati Uniti dispongono già di una base in territorio australiano, quella dell’intelligence a Pine Gap, nel centro del paese, condivisa con i colleghi locali.

Questa iniziativa di Washington in Australia fa parte di una più ampia strategia, destinata a riproporre una massiccia presenza americana in Estremo Oriente e nell’Oceano Pacifico, adottata dall’amministrazione Obama fin dall’indomani del suo insediamento nel gennaio 2009. Quest’area è giudicata dagli USA come cruciale per i propri interessi strategici, da difendere contenendo a tutti i costi la crescente espansione dell’influenza cinese.

Dal Mar Cinese Meridionale transitano alcune delle rotte commerciali più cruciali e trafficate di tutto il pianeta e, come se non bastasse, non solo al di sotto di questi fondali ci sono ingenti risorse petrolifere non ancora esplorate, ma i confini delle acque territoriali e alcune isole sono aspramente contese tra Pechino e paesi come Filippine e Vietnam. Su queste rivendicazioni gli Stati Uniti hanno da qualche tempo fatto sentire la loro voce, sostenendo la necessità di trovare una soluzione mediata dalla comunità internazionale, laddove Pechino predilige invece la strada di accordi bilaterali senza interferenze esterne.

Il ritorno della regione estremo orientale al centro degli interessi americani è stata ribadita ieri da Obama a Canberra con un tono di minaccia nemmeno troppo velato. Per il presidente democratico, USA e Australia sono “due nazioni del Pacifico” e la sua visita nella regione serve a chiarire che “gli Stati Uniti stanno aumentando il loro impegno verso l’intera area dell’Asia e del Pacifico”. Alle iniziative americane di questi giorni la Cina ha risposto duramente, bollando il prossimo dispiegamento di soldati USA in Australia come “una mossa inopportuna” che “potrebbe contrastare con gli interessi dei paesi della regione”, come ha affermato il portavoce del Ministero degli Esteri di Pechino, Liu Weimin.

Obama, da parte sua, sostiene che la presenza statunitense nella regione non deve essere interpretata in un’ottica anti-cinese e che, anzi, Washington vede con favore la crescita di Pechino e gli sforzi per affrancare dalla povertà centinaia di milioni di cinesi. In realtà, com’è evidente, tutta la strategia degli USA in Asia orientale è guidata precisamente dalla necessità di fronteggiare l’espansionismo e la competizione cinese sui mercati della regione.

Tutt’al più, gli Stati Uniti sono interessati alla crescita del mercato interno cinese, come destinazione del proprio export, e all’apertura del paese alla penetrazione ancora più sostenuta dei capitali americani. In questo senso vanno interpretati i continui appelli – ripetuti da Obama e Julia Gillard mercoledì a Canberra – per una Cina che “rispetti le regole del gioco” sullo scacchiere globale.

L’atteggiamento complessivamente più aggressivo di Washington nei confronti della Cina è ora dettato anche da esigenze di politica interna. A un anno dalle elezioni presidenziali, Obama è pressato da quasi tutti i candidati repubblicani alla Casa Bianca, che l’accusano di essere troppo tenero verso Pechino e chiedono misure punitive, ad esempio, sulle questioni del mancato rispetto della proprietà intellettuale e della svalutazione artificiosa della valuta cinese per favorire le esportazioni.

Anche per questo, nel recente summit dell’APEC alle Hawaii, l’amministrazione Obama ha cercato così di adoperarsi per rafforzare l’area di libero scambio trans-pacifica (Tran-Pacific Partnership, TPP) – formata da Brunei, Cile, Nuova Zelanda, Singapore, Australia, Malaysia, Perù, Vietnam e Stati Uniti – da cui la Cina continua significativamente ad essere esclusa. Proprio durante il vertice di Honolulu, il Segretario di Stato, Hillary Clinton, ha tenuto un discorso nel quale ha ripetuto come la creazione di un sistema di relazioni tra il proprio paese e l’area Asia-Pacifico sia diventata una priorità americana fin dal 2009.

Lo stesso messaggio è stato trasmesso, a Pechino così come agli alleati americani nella regione, anche dal Segretario alla Difesa, Leon Panetta, nel corso di un suo recente tour asiatico. Il numero uno del Pentagono ha escluso che i possibili futuri tagli al bilancio della Difesa porteranno a una diminuita presenza americana in Asia orientale. Questo riallineamento degli obiettivi strategici degli Stati Uniti, come ha fatto notare qualche giorno fa il consigliere di Obama per la sicurezza nazionale, Thomas Donilon, è anche il risultato della presa di coscienza che le guerre in Iraq e Afghanistan hanno nel recente passato distolto l’attenzione americana dall’Estremo Oriente, a tutto vantaggio degli interessi cinesi.

Pechino ha effettivamente costruito intensi rapporti soprattutto commerciali con i paesi del sud-est asiatico in questi anni di crescita impetuosa. Inoltre, le preoccupazioni degli USA sarebbero causate dalla presunta corsa agli armamenti da parte della Cina, anche se il budget militare di quest’ultima rimane tuttora una frazione di quello, colossale, del Pentagono.

In ogni caso, molti dei paesi oggi economicamente dipendenti dalla Cina sono alla ricerca di legami più stretti con Washington, così da bilanciare l’influenza del potente vicino settentrionale. Alcuni sono peraltro alleati storici degli USA, mentre altri – come il Myanmar – solo ora stanno mostrando aperture strategiche verso l’Occidente. Gli Stati Uniti, da parte loro, cercano di sfruttare ogni occasione per schierarsi al fianco di questi stessi paesi, spesso alimentando le divergenze tra di essi e Pechino. La più recente disputa in questo senso è stata registrata proprio questa settimana, quando la Cina ha emesso una nota di protesta ufficiale verso un progetto di esplorazione delle Filippine in un’area contesa al largo delle coste di quest’ultimo paese.

A ulteriore conferma dell’importanza che gli americani attribuiscono a quest’area del pianeta, dopo la visita in Australia, Barack Obama si recherà a Bali, in Indonesia. Il 19 novembre, qui andrà in scena infatti il sesto Summit dell’Asia Orientale (EAS), un forum annuale dei leader di 16 paesi della regione che verrà allargato quest’anno anche a Russia e Stati Uniti e al quale, per la prima volta, parteciperà in prima persona un presidente americano in carica.

da: www.altrenotizie.org

Michele Paris – Londra, vendetta contro Assange

L’Alta Corte di Giustizia di Londra ha respinto mercoledì l’appello dei legali di Julian Assange contro l’ordine di estradizione in Svezia, dove il fondatore di WikiLeaks è accusato di stupro e violenza sessuale. La sentenza di appello ha una connotazione marcatamente politica e aggiunge un altro tassello alla trama coordinata tra Stoccolma, Washington e Londra per colpire e mettere tacere lo stesso sito che in questi anni ha pubblicato migliaia di documenti segreti del governo americano.

I giudici dell’Alta Corte hanno così confermato il verdetto già emesso in primo grado lo scorso 24 febbraio, quando venne stabilito che la richiesta di estradizione delle autorità svedesi non lede i diritti umani di Julian Assange né preclude un processo equo nel caso dovesse essere formalmente incriminato dal sistema giudiziario del paese scandinavo.

I difensori di Assange hanno già annunciato di voler tentare ora un ultimo appello alla Corte Suprema del Regno Unito, anche se questa strada appare difficilmente percorribile. Gli avvocati hanno infatti a disposizione solo 14 giorni per presentare ricorso e, soprattutto, per ottenere un’udienza necessitano di una certificazione della stessa Alta Corte, la quale dovrebbe attestare che il caso di Assange ha rilevanza pubblica. Se l’Alta Corte, che ha appena respinto l’appello del giornalista/attivista australiano, non dovesse dare la propria approvazione, Assange potrebbe essere estradato in Svezia entro dieci giorni. Anche nel caso la richiesta di appello dovesse finire alla Corte Suprema, la sentenza definitiva non arriverebbe comunque prima del prossimo anno.

Le autorità britanniche hanno dimostrato ancora una volta la volontà di assecondare le richieste dei loro omologhi svedesi nella gestione del caso Assange. Quest’ultimo teme con più di una ragione che il suo trasferimento in Svezia farebbe scattare una nuova richiesta di estradizione, questa volta da parte di Washington, dove da tempo si cercano appigli legali per sottoporlo ad un qualche procedimento legale in merito alla rivelazione di documenti riservati del Dipartimento di Stato e, in precedenza, sulla condotta americana in Iraq e Afghanistan.

Secondo alcune indiscrezioni pubblicate dalla stampa negli ultimi mesi, il governo USA avrebbe già istituito in segreto un “Grand Jury” ad Alexandria, in Virginia, in prossimità delle sedi di CIA, Pentagono e Dipartimento della Sicurezza Interna, per valutare la possibilità di incriminare Assange secondo il dettato dell’Espionage Act, una discussa legge del 1917 che prevede in teoria pene molto severe, tra cui la pena di morte. Già in carcere senza processo da un anno e mezzo negli Stati Uniti è anche Bradley Manning, il giovane militare americano accusato di aver passato i cablogrammi riservati del Dipartimento di Stato a WikiLeaks.

Alla base della montatura orchestrata nei confronti di Julian Assange ci sono le accuse di stupro e violenza sessuale sollevate nei suoi confronti da due donne svedesi, una delle quali – Anna Ardin – con legami ad organizzazioni anti-castriste vicine alla CIA. Entrambe le accusatrici hanno in realtà ammesso di avere avuto rapporti sessuali consensuali con il fondatore di WikiLeaks nell’agosto 2010. Tuttavia, una di loro sostiene che in occasione di un altro rapporto Assange non avrebbe utilizzato il preservativo, mentre con la seconda donna ci sarebbe stato un rapporto sessuale quando ancora non era del tutto sveglia e consenziente. Assange da parte sua ha ammesso di aver avuto rapporti con le due donne, ma sempre consensuali.

Su queste basi, le autorità svedesi lo scorso anno emisero un mandato di arresto europeo (EAW) nei confronti di Assange, il quale si è poi consegnato alla polizia di Londra nel dicembre del 2010. Dopo i primi giorni trascorsi in isolamento, Assange ottenne gli arresti domiciliari e da allora è confinato nella tenuta di un suo facoltoso sostenitore nel Norfolk, a nord di Londra, dove è costretto ad indossare un braccialetto elettronico e a fare quotidianamente rapporto alla locale stazione di polizia.

Nel corso del procedimento contro il proprio assistito, i legali di Assange hanno sollevato alcune questioni più che legittime per invalidare la richiesta di estradizione, tutte puntualmente respinte dalla giustizia britannica. In primo luogo, i difensori sostengono che il mandato di arresto europeo non ha validità, in quanto è stato emesso in Svezia da un pubblico ministero – Marianne Ny – e non da una “autorità giudiziaria”. Inoltre, non solo le accuse mossegli contro in Svezia non costituiscono un reato per cui è prevista l’estradizione in Gran Bretagna, ma Assange non è stato nemmeno formalmente incriminato a Stoccolma. Per questo motivo, secondo i suoi avvocati, non sarebbe possibile ricorrere al mandato di arresto europeo poiché destinato ad una persona che, una volta estradata, dovrebbe soltanto essere sottoposta ad interrogatorio.

Infine, Assange sostiene che il mandato di arresto non è proporzionato al suo caso, dal momento che fin dall’inizio ha mostrato un atteggiamento collaborativo con le autorità svedesi. Quando le accuse vennero sollevate per la prima volta, Assange si trovava infatti ancora in Svezia, dove manifestò la disponibilità ad essere interrogato sui fatti contestatigli. Il pubblico ministero incaricato, però, decise di archiviare in fretta un procedimento senza alcuna rilevanza. Solo più tardi – quando Assange lasciò la Svezia – e in seguito all’intervento di un autorevole avvocato e politico socialdemocratico svedese, il caso venne riaperto. Trasferitosi nel frattempo in Inghilterra, Assange si è sempre messo a disposizione delle autorità svedesi per un interrogatorio in videoconferenza.

Dopo la sentenza d’appello a Londra, Julian Assange ha affermato: “Non sono stato accusato formalmente di nessun crimine. Ciononostante, l’EAW è talmente restrittivo che, come hanno rilevato oggi i giudici, impedisce ai tribunali britannici persino di considerare i fatti riguardanti il mio caso”.

Il mandato di arresto europeo è stato adottato dall’UE nel 2003 come una delle risposte alla cosiddetta “guerra al terrore”. Questo strumento viene oggi frequentemente abusato per estradare persone in tutta Europa senza nemmeno dare la possibilità ai giudici di valutare le accuse rivolte ai destinatari del mandato stesso.

Il complotto giudiziario contro Julian Assange fa parte di una strategia mirata a sopprimere definitivamente una delle poche voci critiche e autenticamente indipendenti del web come WikiLeaks, i cui membri si battono per rivelare ciò che sta dietro la retorica ufficiale dei governi e il carattere criminale che spesso pervade le loro decisioni e la loro condotta in ogni angolo del pianeta. Proprio a causa della sua attività, WikiLeaks è ormai da qualche tempo al centro di un vero e proprio boicottaggio che vede come protagonisti i governi delle principali potenze occidentali e le compagnie finanziarie con le quali sono legati a doppio filo.

Da qualche giorno, infatti, WikiLeaks fatica a ricevere le donazioni che gli permettono di continuare ad operare sul web a causa del blocco imposto dalle società che processano i trasferimenti di denaro, come VISA, MasterCard, PayPal e Western Union. A causa di quest’attacco “interamente politico”, WikiLeaks ha perso più del 95 per cento delle donazioni, vale a dire decine di milioni di dollari di entrate, fondamentali per finanziare le costose battaglie portate avanti in questi anni.

da: www.altrenotizie.org

Michele Paris – Argentina: di nuovo Cristina Kirchner

Nessuna sorpresa nelle elezioni presidenziali di domenica in Argentina. Il presidente uscente, la 58enne Cristina Fernández de Kirchner, ha infatti conquistato un’agevole vittoria che le permetterà di inaugurare un secondo mandato il prossimo mese di dicembre. Una crescita economica impetuosa, una coraggiosa politica d’inclusione sociale e un’opposizione debole e divisa hanno permesso alla vedova dell’ex presidente, Nestor Kirchner, di ottenere il consenso più alto da quando l’Argentina è tornata alla democrazia nel 1983.

Secondo i dati quasi definitivi, Cristina Fernández ha raccolto quasi il 54 per cento dei voti espressi, staccando il suo più immediato inseguitore di qualcosa come 37 punti percentuali. Il governatore socialista della provincia di Santa Fe, Hermes Binner, si è infatti fermato al 17 per cento. Il risultato ha permesso alla “Presidenta” di chiudere la partita già al primo turno. Secondo la legge elettorale argentina, il vincitore può evitare il ballottaggio se supera la soglia del 45 per cento oppure ottiene almeno il 40 per cento con un margine superiore al 10 per cento sul secondo classificato.

Ancora peggiori sono stati i risultati per gli altri contendenti. Al terzo posto é giunto il senatore Ricardo Alfonsín, figlio dell’ex presidente argentino Raul e candidato per l’Unione Civica Radicale di centro. Più indietro sono giunti il governatore della provincia di San Luis, Rodríguez Saa, e l’ex presidente ad interim (2002-2003) Eduardo Duhalde, entrambi esponenti di fazioni di centro-destra del Partito Peronista. Poco più di una manciata di voti hanno raccolto infine Carlos Altamira ed Elisa Carrió della Coalizione Civica di centro, piazzatasi al secondo posto nelle presidenziali del 2007 con il 23 per cento dei consensi.

La coalizione della Presidenta (Frente Para la Victoria, FPV) ha anche allargato la propria delegazione in Parlamento – domenica erano in palio 130 seggi nella camera bassa e 24 al Senato – dove ha riconquistato la maggioranza che aveva perso nel 2009. Allo stesso modo, la maggior parte dei nove posti di governatore in palio dovrebbero andare al suo Partito Justicialista peronista (PJ).

Nel discorso seguito all’annuncio del trionfo, Cristina Fernández ha ringraziato soprattutto gli elettori più giovani ed ha lanciato un appello all’unità del paese. La Presidenta ha poi sottolineato come sia diventata la prima donna in America Latina ad essere stata rieletta per un secondo mandato alla guida del proprio paese, mentre ha ricordato in maniera commossa il marito e predecessore, scomparso nell’ottobre dello scorso anno in seguito ad un attacco cardiaco.

Proprio sulle orme di Nestor Kirchner, Cristina Fernández ha costruito il proprio successo politico. Grazie ad un modello che ad un’economia allo sbando dopo la bancarotta del 2001 ha combinato lo stimolo con generosi programmi sociali, la coppia presidenziale ha guidato un paese che ha fatto segnare, secondo gli stessi dati del FMI, una crescita del PIL del 94 per cento nell’ultimo decennio. Tutto questo restringendo drasticamente la forbice tra i redditi più alti e quelli più bassi e abbattendo i livelli di povertà.

Solo un paio di anni fa, il gradimento nel paese per Cristina Fernández era in realtà crollato, soprattutto in seguito agli effetti di un durissimo scontro con l’agrobusiness locale attorno all’innalzamento di una tassa sulle esportazioni. Da allora, tuttavia, le sue capacità politiche e il boom economico – a cui va aggiunta l’ondata di simpatia suscitata dalla morte del marito – le hanno permesso di recuperare rapidamente terreno di fronte ad un’opposizione priva di valide alternative.

Il sistema Argentina ha beneficiato enormemente dell’interventismo statale nel settore economico, inaugurato da Nestor Kirchner e proseguito dalla moglie. A due anni dal default sul proprio debito, nel 2003 l’allora presidente decise di svincolarsi dal ricatto della ricetta neoliberista del FMI per farne pagare le conseguenze agli investitori piuttosto che ai cittadini comuni. Vennero così respinte le misure di austerity a favore di iniziative di stimolo finanziate con le riserve della banca centrale. La svalutazione del peso, che uscì così dalla follia monetarista di Domingo Cavallo e Menem che lo avevano quotato 1 a 1 con il dollaro, servì inoltre a ridare competitività all’economia argentina che cominciò ben presto a dare segnali di ripresa.

Nel 2010 il PIL argentino ha fatto segnare una crescita del 9,2 per cento. Nel 2011 la crescita sarà invece dell’8 per cento, cioè superiore a qualsiasi altro paese latinoamericano, mentre i livelli di disoccupazione sono ai minimi storici. Questo andamento ha causato tuttavia un livello piuttosto elevato dell’inflazione – oltre il 20 per cento per il FMI e alcuni analisti privati, intorno al 10 per cento secondo i dati del governo – anche se gli effetti sono stati contenuti dall’adeguamento degli stipendi.

A trascinare l’economia argentina sono state le esportazioni e i prezzi sostenuti delle materie prime e dei prodotti agricoli (grano), destinati in gran parte a paesi emergenti come Cina e Brasile. Il rallentamento dell’economia globale potrebbe perciò frenare a breve la crescita del paese, tanto che le previsioni indicano un aumento del PIL per il 2012 “limitato” al 4,6 per cento. La frenata dell’economia, assieme all’inflazione e alla capacità di mantenere una rete di servizi sociali notevolmente rafforzata in questi ultimi anni, rappresenteranno perciò le sfide più difficili per Cristina Fernández nel corso del suo secondo mandato alla guida del paese.

Su questi punti avevano cercato di conquistare consensi i candidati dell’opposizione, la quale puntava il dito contro la Presidenta anche per la presunta mano pesante usata nei confronti delle voci critiche verso il suo governo e per aver manipolato i dati macroeconomici, così da mascherare l’andamento reale dell’economia.

Le critiche non hanno evidentemente scalfito la popolarità di Cristina Fernández, la quale anzi ha saputo espandere la propria base elettorale – costituita principalmente dai lavoratori e dai ceti più disagiati – raccogliendo consensi tra i giovani e una classe media che, come ha scritto il Financial Times alla vigilia del voto, “condivide il suo messaggio basato sulla redistribuzione della ricchezza e sull’inclusione sociale”.

da: www.altrenotizie.org