AFRIQUE/ERYTHREE – Appel à l’Union européenne à assigner ses fonds en fonction du respect de la liberté et des droits fondamentaux

Asmara – L’Union européenne a le devoir de vérifier la destination et l’usage des fonds assignés à l’Erythrée parce que, dans le pays, les fonds en question pourraient financer le travail forcé. C’est ce que demandent la Fondation érythréenne des droits fondamentaux et l’Agence Habeshia selon lesquelles, pour réaliser les routes allant des ports érythréens de Massaoua et d’Assab mènent à la frontière éthiopienne, pourraient avoir été employés des jeunes contraints à effectuer un « service national » à durée indéterminée et gratuit dans des conditions de semi-esclavage.
Officiellement en Erythrée, le service national – une sorte de service tout à la fois militaire et civil – dure 18 mois mais, après la guerre entre l’Ethiopie et l’Erythrée achevée en 2000, cette période a été élargie « à durée indéterminée ». Au fil des ans, fréquentes ont été les dénonciations faites par l’opposition en exil et par les groupes de défense des droits fondamentaux à l’encontre des autorités d’Asmara suite aux violences et aux abus subis par ces jeunes de la part de leur encadrement militaire. Une enquête des Nations unies conduite en 2016 a affirmé que ces derniers sont souvent utilisés comme forçats. Le Directeur de la Fhre, Mulueberhan Temelso, a qualifié l’Erythrée de « prison à ciel ouvert où toute personne dans le cadre du service national vit dans des conditions extrêmement dures ».
Le risque est que dans le cadre des travaux d’amélioration du réseau routier financés par l’Union européenne à hauteur de 20 M€ dans le cadre du programme « contenir les migrations irrégulières », aient été engagés également ces jeunes. Cette même UE reconnait que les personnes se trouvant « en service national » seront employées mais elle affirme qu’elles seront payées et que les tarifs ont été récemment augmentés. Des sources locales ont indiqué que depuis 2016 les militaires du contingent reçoivent nominalement 120 USD par mois mais que de ces sommes sont déduites certaines dépenses, ce qui fait que ne restent dans les poches des conscrits que 17 USD par mois.
« Tout ce qui va dans la direction du renforcement de la paix est certes une conquête – commente pour l’Agence Fides le Père Mussie Zerai, de l’Archiéparchie d’Asmara et représentant de l’Agence Habeshia – mais il est difficile de penser à une véritable paix en Erythrée sans des composants essentiels et vitaux tels que le respect plein et entier de la liberté et des droits, c’est-à-dire sans une vaste opération de justice et de vérité sur ce qui s’est passé au cours de ces 20 dernières années dans le pays ».
Ce que le Père Mussie conteste est « l’ouverture de crédit a priori » de ces derniers temps vis-à-vis d’Asmara, une ouverture garantie par la communauté internationale et surtout par l’UE. « Le régime érythréen – continue le prêtre – est toujours considéré comme l’une des plus féroces dictatures du monde. Si le régime n’est pas tenu par des garanties précises, des projets comme celui porté par l’UE risquent de finir en dépenses en faveur du régime qui en tirera force et légitimation. Il ne s’agit pas pour autant de dire naturellement que les projets proposés ne doivent pas être réalisés, bien au contraire. Cependant il est important de savoir de quelle manière ils sont réalisés ».
Selon le prêtre, l’UE devrait contrôler au travers d’inspecteurs autonomes propres tant la conduite des chantiers et l’avancement des travaux que le choix, la gestion et le traitement du personnel à tous les niveaux. « Des inspecteurs libres d’aller et venir sont nécessaires afin qu’ils puissent rencontrer qui ils veulent dans la plus grande réserve et la plus grande protection des personnes éventuellement contactées. Dans ce contexte, la première condition indispensable à fixer serait la liberté de toute obligation militaire pour l’ensemble du personnel employé dans la conception et sur les chantiers ».

da: www.fides.org
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