ASIE/CORÉE DU SUD – Mgr Lazarus You Heung-sik : “La visite du Pape en Corée du Nord serait un tournant pour la paix”.

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Daejeon – Il est le premier Évêque coréen dans la Curie romaine : Lazare You Heung-sik, 69 ans, a été nommé par le Pape François Préfet de la Congrégation pour le Clergé. Ordonné prêtre pour le diocèse de Daejeon, Lazarus You Heung-sik est devenu coadjuteur dans le même diocèse en 2003 et a assumé deux ans plus tard la pleine responsabilité. Le nouveau préfet a dirigé le comité pour la paix de la Conférence épiscopale coréenne et s’est rendu quatre fois en Corée du Nord. Gardant dans son cœur la prière et l’espoir de paix et de réconciliation dans la péninsule coréenne, il a accordé l’entretien suivant à l’Agence Fides.

Excellence, comment avez-vous accueilli la nomination comme Préfet de la Congrégation pour le Clergé ?

La nomination était vraiment inattendu pour moi. Lorsque le Pape m’a communiqué sa volonté, dans ma prière et ma réflexion, j’ai ressenti humainement une certaine inadéquation pour assumer une tâche aussi importante. Cependant, alors que je continuais à être absorbé dans la prière, j’ai perçu que progressivement, dans mon cœur, la voix s’élevait que l’amour et la miséricorde de Dieu étaient certainement plus grands que mon imperfection. Je me suis surtout souvenu de saint André Kim Taegon et de tant d’autres martyrs coréens, qui ont toujours dit “oui” à la volonté de Dieu et de l’Église sans aucune hésitation, en aimant Dieu et leur prochain jusqu’au bout. C’est pourquoi, en demandant leur intercession, j’ai dit joyeusement mon “oui” à Dieu par l’intermédiaire du Saint-Père. À partir de ce moment, jusqu’à la publication, j’ai remis à la miséricorde de Dieu, confiant dans l’amour infini du Seigneur, tout ce que j’avais réalisé comme prêtre et Évêque ; j’ai remercié le Seigneur pour “ce qui s’est passé dans la relation entre Lui et moi”. Le temps des exercices spirituels centrés sur “savoir lâcher prise” m’a également aidé à réaliser, à la lumière de la foi, ce que le Seigneur me demandait, et je crois qu’un tel abandon à la volonté de Dieu et le fait de le suivre là où il nous appelle, est le modus vivendi indispensable pour les disciples du Christ. Au cours de ces exercices, j’ai expérimenté dans la grâce de Dieu que sa miséricorde est bien plus grande que ma faiblesse. Maintenant, je grave dans mon cœur les paroles du Christ : ” Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu ” , afin de me préparer à la nouvelle mission à laquelle l’Église m’a appelé.

L’Église universelle a besoin de prêtres et de “saints prêtres” : quels seront les critères avec lesquels vous effectuerez votre travail au Saint-Siège ?

J’ai étudié à Rome et je connais la situation des prêtres en Corée et aussi en Asie en général. Mais pour mieux connaître la situation des prêtres qui servent dans le monde, j’essaierai, de manière particulière, de faire de mon mieux pour écouter patiemment et respectueusement leurs voix, en accueillant leurs angoisses et leurs désirs. Je suis d’accord avec la pensée de tant de fidèles qui disent : “Sans le renouvellement des prêtres, il ne peut y avoir de renouvellement de l’Église”. Les saints prêtres renouvellent l’Église, et montrent le visage le plus beau de celle-ci. Comme nous le savons tous bien, il est très important de former des prêtres qui savent se pencher sur la douleur humaine de tant de frères, qui sont disposés à se laver les pieds les uns aux autres et qui vivent l’amour fraternel comme le bon Samaritain, comme l’a souligné le Saint-Père dans sa merveilleuse lettre encyclique “Fratelli Tutti”. De tels bons prêtres ne viennent pas de rien : d’où la nécessité de poursuivre un sérieux chemin de formation continue, qui les aidera à vivre sereinement leur ministère pastoral, à affronter avec courage les défis du monde, et surtout à redécouvrir la précieuse valeur de l’amour fraternel qu’ils peuvent vivre avec leurs frères. C’est aussi pour moi une vocation de vivre l’amour fraternel entre prêtres, en formant avec eux une famille sacerdotale. Le célibat sacerdotal, que nous avons tous accepté comme un don du Père, ne nous oblige pas à vivre notre ministère comme des orphelins, mais nous savons que nous sommes heureusement inclus dans une grande famille, la famille sacerdotale, où nous pouvons vivre l’amitié et la communion. Les paroles que le Pape François adresse souvent aux prêtres et aux séminaristes, que j’écoute très volontiers, m’ont toujours renouvelé et enrichi, me rappelant que ma tâche principale pour être un “bon pasteur” est de faire de mon mieux pour m’efforcer de vivre mon ministère de manière sainte, en communion avec tous les autres. En effet, je crois qu’il s’agit d’un aspect important pour pouvoir donner aux futurs prêtres la possibilité de vivre une expérience formatrice avec les religieux et les religieuses et avec les fidèles laïcs. L’Église est une famille, donc dans notre cheminement vers une perspective synodale, une telle possibilité garantira certainement des futurs prêtres mûrs et, pourquoi pas, saints.

Que signifie le premier Évêque coréen à la tête d’un Dicastère de la Curie romaine ? Quelle contribution spécifique pouvez-vous apporter ?

Je crois que c’est la vocation de tous les Évêques, successeurs des Apôtres, d’assumer la responsabilité directe du Diocèse d’une part et de l’Église universelle d’autre part. Le Saint-Père, reconnaissant que les saints martyrs coréens ont mené une vie conforme à leur foi, c’est-à-dire qu’ils ont évangélisé en vivant l’amour fraternel, de manière concrète et exemplaire, en tant que fils de cette terre bénie, fécondée par leur sang, m’a appelé à collaborer étroitement, pour diffuser leur témoignage de foi héroïque dans le monde d’aujourd’hui. Je suis conscient qu’il s’agit d’une tâche ardue et d’une grande responsabilité d’assister le Saint-Père dans ce Dicastère spécial, qui souhaite offrir une attention et un soin particulier aux prêtres, diacres et séminaristes du monde. Confiant dans l’aide de l’Esprit Saint et en profonde communion avec le Pape François, je ressens un profond désir de les aimer, de les servir et de les encourager ; je ferai donc de mon mieux pour vivre comme un disciple du Seigneur, éclairé avant tout par la logique de l’Évangile, qui me pousse à être un frère et un ami des prêtres. J’ai été très encouragé par le message de bons vœux qu’un ami Évêque m’a envoyé ces jours-ci : “Lazare, félicitations pour ta nomination comme préfet de la Congrégation pour le clergé. Je voudrais juste te rappeler que s’il y a un prêtre triste, tu en seras responsable.” Mon espoir est que tous les prêtres vivent joyeusement, en servant avec zèle le peuple de Dieu, en particulier les marginaux et les pauvres.

Espérez-vous et pensez-vous qu’une visite du Pape en Corée du Nord soit possible ? Pensez-vous pouvoir apporter une contribution dans ce sens ?

En octobre 2018 , lorsque le président de la République de Corée, Moon Jae-in, a été reçu en audience par le Pape François, il lui a transmis une invitation de Kim Jong-un, le leader de la République populaire démocratique de Corée, pour un éventuel voyage apostolique dans cette nation. Le Pape a alors répondu qu’il était disposé à se rendre en Corée du Nord, au moment où il recevrait une invitation formelle des autorités de Pyongyang. À cette époque, je participais au Synode des Evêques sur le thème des jeunes et, lorsque j’ai appris la nouvelle de la volonté du Saint-Père, j’ai été vraiment ému. Depuis lors, je n’ai cessé de prier pour que la visite du Pape en Corée du Nord ait lieu. Près de dix millions de Coréens vivent en séparation forcée en raison de la division entre le Sud et le Nord.
La confrontation qui existe dans la péninsule coréenne est l’une des plus grandes souffrances de l’humanité aujourd’hui. Il convient de noter que la zone appelée “zone démilitarisée” entre le Sud et le Nord est ironiquement la zone la plus militarisée du monde. Je suis convaincu qu’une éventuelle visite à Pyongyang pourrait constituer un tournant, qui nous permettrade dialoguer et de mieux nous comprendre en tant que Coréens, en commençant par les petites choses et en terminant par les grandes, et peut-être d’arriver à la réunification du Sud et du Nord. Concrètement, la médiation du Saint Père pourrait être une occasion propice pour mettre fin au conflit, résultat de la méfiance mutuelle entre les deux parties de la Péninsule qui dure maintenant depuis de trop nombreuses décennies.
Pour ma part, je prie et j’essaie de faire ce que je peux, dans l’espoir de voir s’ouvrir au moins une petite lueur d’espoir de compréhension mutuelle, en dépassant la situation actuelle de tension et d’opposition. Humainement parlant, il semble y avoir peu d’espoir, mais puisque Dieu est tout-puissant, j’essaie, en le priant, d’accueillir tout ce qui peut être utile pour la promotion de la paix. En assumant ma nouvelle mission dans l’Église, si je peux apporter mon soutien à la restauration de la paix dans la péninsule coréenne, je le ferai avec plaisir.