EUROPE/ITALIE- Le Pape François à l’Eglise de Rome : la mission est l’œuvre de l’Esprit Saint, attention aux risques d’une Eglise “bricolée”

 47 total views,  1 views today

Rome – L’Église est par nature synodale et ne remplit sa mission que si elle suit docilement l’action actuelle et efficace de l’Esprit Saint, comme nous le lisons dans les Actes des Apôtres. Ce n’est que de cette manière que l’on peut surmonter “la tentation de faire cavalier seul”, et de “prendre la place de Dieu, en prétendant modeler l’Église sur ses propres convictions culturelles”. Comme si, “étant monté au ciel, le Seigneur avait laissé un vide à combler”. C’est ce qu’a déclaré aujourd’hui le pape François, s’adressant dans la matinée du samedi 18 septembre aux participants à la Convention du diocèse de Rome, réunis dans la salle Paul VI. Dans son long discours, l’Évêque de Rome a encore une fois indiqué les Actes des Apôtres comme le texte paradigmatique auquel il faut se référer pour reconnaître les sources et la nature propre de la mission à laquelle la communauté ecclésiale est appelée, en échappant à l’éternelle tentation de construire une Église “bricolée” et de réduire même les réunions synodales à un “parlement diocésain”.
Le discours du pape est parti du “parcours synodal” qui implique toute l’Église en vue de l’assemblée du synode des Évêques de 2023. Dans un tel parcours – a remarqué le Pontife – “il ne s’agit pas de recueillir des opinions, ce n’est pas une enquête, mais d’écouter l’Esprit Saint”.
Le thème de la synodalité, a dit le Pape, n’est pas un chapitre d’un traité d’ecclésiologie, encore moins une mode”, car la synodalité “exprime la nature de l’Église, sa forme, son style, sa mission”. C’est ce qu’attestent les Actes des Apôtres, que le Pape a définis comme “le premier et le plus important “manuel” d’ecclésiologie”. Un “chemin commun” qui s’accomplit en suivant les œuvres de l’Esprit Saint, ouvert à ses surprises, témoin d’une impulsion qui met les Apôtres eux-mêmes “en crise, qui les pousse à oser, à remettre en question, à reconsidérer, à se tromper et à apprendre de leurs erreurs, surtout à espérer malgré les difficultés”. C’est l’Esprit Saint – a poursuivi le Pape – qui “leur fait découvrir la géographie du salut divin, en ouvrant portes et fenêtres, en abattant les murs, en brisant les chaînes, en libérant les frontières”. Il peut alors être nécessaire de partir, de changer de direction, de dépasser les convictions qui nous retiennent et nous empêchent de bouger et de marcher ensemble”.
En suivant le “chemin fait ensemble” à la suite de l’Esprit Saint, les premiers Apôtres ont trouvé des solutions réelles aux problèmes qui se posaient dans la vie quotidienne, comme lorsqu’il a été décidé de “désigner sept hommes qui s’engageraient à plein temps dans la diaconie, dans le service aux tables”. Et toujours l’œuvre de l’Esprit Saint qui, dans la première communauté, a créé l’harmonie dans la “confrontation entre des visions et des attentes différentes”. Nous ne devons pas craindre, a remarqué l’Évêque de Rome, que cela se produise encore aujourd’hui. Ils sont des signes de docilité et d’ouverture à l’Esprit. Il peut aussi y avoir des affrontements qui atteignent des sommets dramatiques, comme ce fut le cas avec le problème de la circoncision des païens, jusqu’à la délibération de ce que nous appelons le Concile de Jérusalem”. Lors de ce premier concile de l’Église apostolique – a rappelé le Pape – “il y a eu beaucoup de discussions. Il s’agissait de reconnaître la liberté de l’action de Dieu, et qu’il n’y avait pas d’obstacles qui pouvaient l’empêcher d’atteindre le cœur des gens, quel que soit leur milieu moral ou religieux”. Ce synode s’est conclu par un message qui représente encore la définition la plus efficace du “protagonisme” de l’Esprit Saint dans la dynamique réelle de la vie de l’Église : “Il a paru bon à l’Esprit Saint et à nous de ne pas vous imposer d’autre obligation” que celle qui est nécessaire . Sans l’Esprit, a remarqué l’Évêque de Rome dans l’un des ajouts apportés au texte écrit, même le Synode finit par être réduit à un “parlement diocésain”.
En réalité, a poursuivi le Pape, ce n’est que lorsque l’Église témoigne, en paroles et en actes, de l’amour inconditionnel de Dieu, de sa largeur hospitalière, qu’elle exprime vraiment sa propre catholicité. Et elle est amenée, intérieurement et extérieurement, à traverser les espaces et les temps. L’impulsion et la capacité viennent de l’Esprit.
Un chemin synodal fait à la suite et en compagnie de l’Esprit Saint – a remarqué le Successeur de Pierre, revenant sur la question au centre de son discours – est reconnaissable parce qu’il est marqué par l’écoute “de la totalité des baptisés, sujet du sensus fidei infallibile in credendo”, et surmonte également la résistance “à surmonter l’image d’une Église rigidement divisée entre chefs et subordonnés, entre ceux qui enseignent et ceux qui doivent apprendre, en oubliant que Dieu aime renverser les positions”, et que “dans l’histoire du salut, nous sommes tous des brebis par rapport au berger qui est le Seigneur”.
L’exercice et le suivi du sensus fidei – a précisé le Pape – “ne peuvent pas être réduits à la communication et à la comparaison des opinions que nous pouvons avoir sur telle ou telle question”, ou à l’idée “de distinguer les majorités et les minorités, cela est fait par le Parlement”. Avant tout, le sensus fidei guidera le parcours synodal pour reconnaître et affirmer concrètement la prédilection du Christ pour les pauvres et pour éliminer toute réduction élitiste et exclusiviste de l’appartenance au peuple de Dieu. Cette appartenance – a précisé le Pape François – n’est pas “un privilège”, mais “un don que quelqu’un reçoit pour tous, que nous avons reçu pour les autres”, afin de “témoigner par des actes et pas seulement par des paroles des merveilles de Dieu, qui, si elles sont connues, aident les gens à découvrir son existence et à accepter son salut”.
Même les modalités concrètes de réalisation du parcours synodal doivent éviter la tentation de concevoir et de présenter les paroisses, les mouvements et les communautés ecclésiales comme s’il s’agissait de clubs exclusifs : “Je vous recommande – a suggéré l’Évêque de Rome – de laisser les portes et les fenêtres ouvertes, de ne pas vous limiter à prendre en considération uniquement ceux qui fréquentent ou pensent comme vous. Laissez entrer tout le monde… Laissez-vous aller à leur rencontre et laissez-les vous interroger, laissez leurs questions être vos questions, laissez vous marcher ensemble : l’Esprit vous conduira”. Le peuple de Rome lui-même – a noté le Successeur de Pierre dans la partie finale de son discours – contient la variété de tous les peuples et de toutes les conditions”.