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Bosnien

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

  Bosnien
(bosanski)
 
Parlé en Bosnie-Herzégovine et autres pays
Région
Nombre de locuteurs 2,3 millions
Typologie SVO + ordre libre
Classification par famille

 -  Langues indo-européennes
    -  Langues slaves
       -  Langues slaves méridionales
          -  bosnien

(Dérivée de la classification SIL)
Statut officiel et codes de langue
Officielle
en
Bosnie-Herzégovine
ISO 639-1 bs
ISO 639-2 bos
ISO/DIS
639-3
bos
type : L (langue vivante)
étendue : I (langue individuelle)
SIL BWF
Échantillon

Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme


Član 1.


Sva ljudska bića rađaju se slobodna i jednaka u dostojanstvu i pravima. Ona su obdarena razumom i sviješću i treba da jedno prema drugome postupaju u duhu bratstva.

Voir aussi : langue, liste de langues, code couleur

Cet article traite de la langue bosnienne dite aussi langue bosniaque. Concernant l'ethnonyme Bosniaque voir l'article Bosniaques. Concernant le gentilé Bosnien, voir l'article Bosniens.

Le bosnien (bosanski jezik), parfois appelé bosniaque, est une langue indo-européenne de la branche des langues slaves, groupe méridional de ces langues, sous-groupe occidental de celles-ci, à côté des langues serbe, croate, monténégrine et slovène. Du point de vue de la sociolinguistique, c’est une langue ausbau faisant partie du diasystème slave du centre-sud, appelé officiellement serbo-croate dans l’ancienne Yougoslavie.

Sommaire

[modifier] Locuteurs

La Charte de la langue bosnienne[1] signée par une soixantaine d’intellectuels bosniaques le 21 mars 2002 affirme que le bosnien est « la langue des Bosniaques et de tous ceux qui la sentent comme étant la leur avec cette appellation ».

Les locuteurs du bosnien sont essentiellement les slaves du sud musulmans vivant sur le territoire de l’ancienne Yougoslavie ou originaires de ce territoire. Leur nombre total est estimé à environ 2,3 millions. Ils sont répartis dans les pays suivants :

Le bosnien est langue officielle en Bosnie-Herzégovine et en Serbie, dans certaines localités du Sandjak.

[modifier] Histoire

L’un des documents les plus anciens écrits dans la langue des Slaves du Sud est un accord commercial entre la Bosnie et Dubrovnik, datant de 1189, écrit par le prince régnant de Bosnie, le ban Kulin. C’est considéré comme la charte de l’existence étatique de la Bosnie et, en même temps, comme la première attestation documentaire de la langue bosnienne.

Une autre mention du bosnien se trouve dans l’ouvrage Histoire des langues écrites du voyageur byzantin Constantin Philosophe, de 1300.

Un document de 1436 mentionne un duc de la région de Kotor qui amena une jeune fille décrite comme « une femme bosniaque, hérétique, appelée en langue bosnienne Djevena ».

Une partie de la population de la Bosnie fut islamisée après la conquête de ce pays, en 1463, par l’Empire ottoman, ce qui influença fortement la culture et la langue de ce peuple.

Le premier dictionnaire bosnien date de 1631. C’est un glossaire bosnien–turc en rimes, par Muhamed Hevaji Uskufi.

À l’époque ottomane et jusqu’au XIXe siècle on écrivit peu en bosnien, car l’élite écrivait en d’autres langues : arabe, turc et persan.

Aux XIXe et XXe siècles paraissent les premiers ouvrages normatifs du bosnien[2].

Les écrivains de la fin du XIXe et du début du XXe siècle (groupés sous la dénomination de « Renaissance bosniaque » : les poètes Safvet-beg Bašagić et Musa Ćazim Ćatić, le conteur Edhem Mulabdić, etc.) écrivaient dans une langue plus proche du croate que du serbe, avec des spécificités surtout lexicales.

À l’époque yougoslave, on considère officiellement que les Bosniaques aussi parlent le serbo-croate.

Après la dissolution de la Yougoslavie et l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine, le bosnien devient langue officielle et on établit son standard[3].

[modifier] Particularités du bosnien par rapport au serbe et au croate

Généralement, les traits structurels (phonologiques, morphologiques et syntaxiques) du bosnien sont communs avec le croate, avec le serbe ou avec les deux. Il y a peu de traits structurels propres au bosnien. Il existe des particularités plus nombreuses dans le lexique.

Le bosnien standard est fondé sur le dialecte štokavien et la prononciation (i)jékavienne, tout comme le croate.

[modifier] Écriture

Avant l’époque ottomane, le bosnien fut écrit avec l’alphabet latin et avec deux alphabets dérivés du cyrillique, appelés bosančica et begovica. Ce dernier était utilisé par la noblesse. Sous les Ottomans on a adopté l’alphabet arabe, puis l’alphabet latin.

À présent, pratiquement toutes les publications en bosnien sont écrit avec l’alphabet latin, mais la norme admet aussi le cyrillique.

Pour ce qui est de l’écriture des noms propres étrangers des langues utilisant l’alphabet latin, le bosnien suit généralement l’exemple du croate, qui les écrit comme dans la langue d’origine, mais il y a de nombreuses publications bosniennes qui les transcrivent phonétiquement, comme le serbe.

[modifier] Prononciation

Quant à l’accentuation, le bosnien a pour spécifique le passage de l’accent sur les prépositions : u Bosni (« en Bosnie ») prononcé [ȕbosni], à la place de [ubȍsni].

Dans certaines régions de Bosnie, à la place des consonnes č et ć on prononce une consonne intermédiaire entre celles-ci, ou bien les deux se prononcent soit č, soit ć. Il en est de même pour les consonnes et đ. Cette particularité ne concerne tout de même pas la langue standard. Les phonèmes de celle-ci sont les mêmes qu’en croate et en serbe. (Voir à ce propos Phonétique Croate).

En bosnien actuel on réintroduit un [h] dans certains mots, là où il existait traditionnellement, mais s’était perdu : lahko (lako en serbe et en croate) = « facilement », mehko (meko en serbe et en croate) = « doucement, mollement », kahva (kafa en serbe, kava en croate) = “café”.

Il y a un certain nombre de mots à [h] intervocalique en bosnien et en croate, auquel correspond un [v] en serbe : duhan / duvan (« tabac »), kuhati / kuvati (« cuisiner »), suho / suvo (« sec » neutre).

[modifier] Morphologie

Le pronom personnel ona (« elle ») a pour forme atone à l’accusatif je, comme en serbe (ju en croate).

En bosnien, le pronom interrogatif se rapportant aux choses est šta (« qui ») au cas nominatif, celui se rapportant aux personnes étant ko, comme en serbe (cf. što et tko, respectivement, en croate).

Les verbes au futur sont écrits comme en serbe, le verbe auxiliaire étant collé à l’infinitif sans -ti : Uradiću to. = « Je ferai ça. » (croate : Uradit ću to.) (Voir Croate. Conjugaison et Serbe. Conjugaison).

[modifier] Syntaxe

[modifier] Le syntagme nom + complément du nom

En bosnien, entre les éléments de ce syntagme on ne peut pas inclure un autre mot :

Bosnien Croate Traduction
Ministar vanjskih poslova otputovao je u službenu posjetu. Ministar je vanjskih poslova otputovao u službenu posjetu. Le ministre des affaires étrangères a entrepris un voyage officiel.

[modifier] Infinitif ou da + présent

La construction proposition principale + subordonnée complément d’objet direct dont le sujet est différent de celui de la principale est identique en bosnien, en serbe et en croate : Hoću da pjevaš. (« Je veux que tu chantes. ») Si l’action subordonnée est effectuée par le même sujet que celui du verbe régent, le bosniaque admet deux constructions. Par conséquent, on peut dire « Je veux chanter. » de deux façons :

  • Hoću pjevati., avec l’action subordonnée à l’infinitif, comme en croate et dans la plupart des langues slaves, ainsi qu’en français, d’ailleurs, ou bien
  • Hoću da pjevam., avec l’action subordonnée exprimée par la conjonction da + le présent, comme en serbe, ce qui est le calque du grec νά de « Φεγγαράκι […] φέγγε μου νά περπτώ ».

[modifier] Constructions avec le verbe trebati

Pour exprimer l’obligation d’une personne déterminée, le verbe trebati est plutôt impersonnel en bosnien et en serbe : Treba da idem. (« Il faut que j’y aille. »), mais le plus souvent personnel en croate : Trebam ići. (« Je dois y aller. »)

Pour exprimer le besoin avec le même verbe, celui-ci est impersonnel en bosnien et en serbe : Dušanu treba novac. (« À Dušan, il lui faut de l’argent. »), mais personnel en croate : Dušan treba novac. (« Dušan a besoin d’argent. »).

[modifier] Lexique

Comparé aux deux autres langues, c’est le croate qui a le moins de mots d’origine turque et le bosnien le plus de ces vocables. C’est le trait le plus spécifique du bosnien. De tels mots sont : zar (« foulard »), karmin (« rouge à lèvres »), avlija (« cour »), ćilim (« tapis »).

Une même notion est souvent dénommée par deux mots différents en croate et en serbe. Le lexique standard du bosnien accepte généralement les deux, la synonymie étant ainsi riche. Les noms des mois en sont des exemples révélateurs. Ils forment des paires de synonymes mot d’origine latine (comme en serbe) – mot slave (comme en croate), ceux d’origine latine étant toutefois préférés et trois d’entre eux ayant une forme spécifique pour le bosnien :

januar – siječanj

februar – veljača

mart – ožujak

april – travanj

maj – svibanj

juni (en serbe jun) – lipanj

juli (en serbe jul) – srpanj

august (en serbe avgust) – kolovoz

septembar – rujan

oktobar – listopad

novembar – studeni

decembar – prosinac

D’autres mots sont communs seulement avec le croate ou seulement avec le serbe :

  • communs avec le croate : riža (« riz »), mrkva (carotte), špinat (« épinards »), neodgojen (« mal élevé »), sretan (« heureux »)
  • communs avec le serbe : hiljada (« mille »), voz (« train »), paradajz (« tomate »), shvatati (« comprendre »)

[modifier] Emprunts récents

L’attitude du bosnien à l’égard des emprunts est semblable à celle du serbe, c’est-à-dire il y est plus perméable que le croate.

La forme dans laquelle les mots étrangers sont adoptés peut être identique dans les trois langues : analizirati (« analyser »), mais en bosnien il y a aussi des doublets, deux variantes étant admises, celle du croate et celle du serbe : organizirati (comme en croate) / organizovati (comme en serbe), konstruirati / konstruisati.

Dans d’autres cas, l’emprunt est adopté seulement avec sa forme en croate (minuta, en serbe minut), ou seulement avec sa forme en serbe (planeta, en croate planet).

[modifier] Sources

[modifier] Voir aussi

wikt:bs:Main Page

Consulter le Wiktionnaire en bosnien.

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

[modifier] Notes

  1. Charte de la langue bosnienne
  2. Par exemple, Gramatika bosanskoga jezika (Grammaire de la langue bosnienne), Sarajevo, 1890
  3. Par des ouvrages tels que : Senahid Halilović, Pravopis bosanskoga jezika (Orthographe de la langue bosnienne), Preporod, Sarajevo, 1996; Senahid Halilović, Bosanski jezik (La langue bosnienne), Baština, Sarajevo, 1998; Alija Isaković, Rječnik karakteristične leksike u bosanskome jeziku (Dictionnaire du lexique spécifique de la langue bosnienne), Svjetlost, 1993; Dževad Jahić, Gramatika bosanskoga jezika (Grammaire de la langue bosnienne), Dom štampe, Zenica, 2000