VATICAN – Le rêve et la passion de la première évangélisation : un missionnaire raconte son histoire au Directeur de Fides

 201 total views,  1 views today

Cité du Vatican – ” Savoir, comprendre ce qui se passe de l’autre côté de la planète pour transformer une nouvelle que je lis en une prière et voir comment l’Église, les disciples de Jésus, arrivent partout et comment partout l’Évangile a toujours quelque chose à dire. ” C’est ce qu’a déclaré le Père Emanuele Ciccia, de la Communauté de Villaregia, missionnaire en Ethiopie au directeur de l’Agence, le Père Dinh Anh Nhue Nguyen durant sa visite à Fides.

Père Anh Nhue : Le Père Emanuele se présente à nos lecteurs avec la Préfecture Apostolique de Robe dans laquelle il exerce sa mission.

P. Emanuele : Je suis missionnaire de la Communauté de Villaregia, fondée en 1981. La communauté a de diverses missions notamment en Amérique centrale et latine, en Afrique et en Europe. J’ai travaillé 12 ans en Côte d’Ivoire et depuis un an et demi, à la demande de Fr. Angelo Antolini, OFMCap, premier Préfet Apostolique de Robe, en Ethiopie, avec trois sœurs et un autre père, je prête mon service à la Préfecture .
Nous sommes dans une Préfecture Apostolique, un vaste champ de première évangélisation, avec tant de travail à faire, pour offrir un service missionnaire, pour être présents et offrir une présence évangélique. Nous travaillons en étroite collaboration avec le frère Angelo Antolini, et nous partageons le rêve et la passion de la première évangélisation. Il y a une forte volonté d’aller jusqu’aux frontières éthiopiennes et, sur demande, avec le préfet, nous faisons les premiers pas dans l’État fédéral appelé Somali Region, avec une population qui vient de souche somalienne, dans un contexte totalement musulman. Il y a cette grande poussée du Père Antolini vers ces domaines pour, comme il le dit, “rendre l’Église présente”. Si nous sommes deux ou trois, Jésus est présent.”

Père Anh Nhue : Combien d’habitants, chrétiens catholiques, y a-t-il en Éthiopie ?
P. Emanuele : L’Éthiopie compte plus de cent millions d’habitants et est quatre fois plus grande que l’Italie. Il est un peu difficile de définir les pourcentages de chrétiens, de musulmans. Le christianisme est présent sous toutes ses facettes. L’Éthiopie est notamment connue pour le christianisme orthodoxe éthiopien, en particulier dans le nord. L’Église catholique, minoritaire, célèbre en deux rites, latin et oriental, selon les régions et les vicariats. Dans notre préfecture apostolique, qui est aussi vaste qu’un tiers de l’Italie et située entre deux fleuves importants, le Webe Shebelle et le Gandale, il y a 95% de frères musulmans.
Nous sommes à Robe et à Goba, deux villes où la présence chrétienne est légèrement supérieure à la moyenne. Nous résidons à Robe, où les statistiques varient entre 70 000 et 150 000 habitants, tandis qu’à Goba, qui se trouve à 10 kilomètres de nous, il y a une présence historique des religieuses de Mère Teresa. La première pierre de ce centre a été posée par la Sainte elle-même. Entre autres choses, le frère Antolini voulait la nommer patronne de la Préfecture apostolique de Robe, également pour donner un signe d’amour et d’attention aux plus pauvres . Les sœurs de Goba ont un centre avec un peu plus de 200 patients souffrant de diverses maladies, handicaps physiques, pathologies psychologiques ou psychiatriques. De toute la préfecture, il y a une présence spéciale de Jésus grâce à ces patients !

P. Anh Nhue : Comme pour dire leur service ordinaire d’une manière extraordinaire, avec un amour extraordinaire celui des sœurs au point de sacrifier leur propre vie.

P. Emanuele : Pour nous, leur présence est précieuse. Les missions sont très éloignées les unes des autres. Celle qui est un peu plus structurée, avec une paroisse, à deux heures de route, se trouve à Adaba et elle est composée de deux prêtres fidei donum et d’une sœur laïque. Avoir une présence de sœurs si proche de nous, à seulement 10 km, nous a permis de former un groupe, de vivre une expérience de soutien mutuel et d’amitié.

P. Anh Nhue : Les sœurs ont grand besoin de vous, de votre présence, de votre activité ordinaire dans la paroisse. Vous vous complétez dans ce sens pour une proclamation de Jésus-Christ et de l’Évangile.

P. Emanuele : Oui, nous sommes une équipe, elles nous donnent un énorme exemple d’amour pour les plus pauvres des pauvres et nous leur offrons la célébration de l’Eucharistie et nous prions ensemble, il y a une grande amitié entre nous. EIles sont aussi précieuses parce que la ville de Robe montre les signes de la pauvreté des grandes villes avec beaucoup d’enfants des rues et de sans-abri. Souvent, lors de notre présence dans la rue, nous nous lions d’amitié avec des frères et des sœurs que, grâce à Dieu, les sœurs accueillent dans leur centre, offrant une alternative à ceux qui vivent dans la rue depuis des années avec des histoires très tragiques.

P. Anh Nhue : Dans toute l’Éthiopie, structurellement, l’Église n’a qu’une seule préfecture ?

Père Emanuele : Disons que notre préfecture est celle des “premiers chapitres des Actes des Apôtres”. Il y a les éparchies du rite oriental au nord, et les circonscriptions ecclésiastiques du rite latin ne sont que huit vicariats, nous n’avons pas de diocèses et une seule préfecture apostolique. En Afrique, il n’y a que trois préfectures : au Sahara occidental, en Libye et nous, en Éthiopie.

P. Anh Nhue : Pouvez-vous expliquer aux lecteurs votre service ordinaire, ce à quoi vous vous consacrez chaque jour ?

P. Emanuele : Nous ne sommes présents que depuis un an et demi et comme il est sage de le faire, nous continuons à écouter même si nous essayons de nous mettre en mouvement. Le premier service est une collaboration étroite avec Frère Angelo, certains d’entre nous prennent en charge des services plus généraux pour la Préfecture de type pastoral administratif. Nous avons commencé par un travail social, des petits signes pour répondre aux besoins des femmes et des jeunes, nous offrons une aide aux écoles catholiques. Nous sommes très désireux d’être proches et de nouer des liens d’amitié et de bon voisinage avec les frères et sœurs qui viennent du monde islamique. Nous sommes souvent dans la rue pour saluer, faire connaissance, dire quelques mots en Oromo, la langue locale. Nous croyons que lorsque vous vous mettez dans la rue, le Seigneur se fait connaître.

P. Anh Nhue : En suivant toujours le souffle de l’Esprit Saint, en annonçant le Christ même quand on ne s’y attend pas. Votre service s’adresse-t-il principalement à des personnes non catholiques et non chrétiennes ?

P. Emanuele : En dehors du service plus strictement paroissial, nous sommes en contact avec des chrétiens non catholiques du monde orthodoxe et surtout des musulmans.

P. Anh Nhue : Avez-vous une paroisse dans la préfecture ? Combien de personnes y participent ? Avez-vous des activités catéchétiques ?

P. Emanuele : Le dimanche, nous sommes rejoints par une quarantaine de personnes qui nous suivent dans la pastorale ordinaire. En réalité, nous essayons de la reconstruire parce que ce sont deux paroisses dans lesquelles il y a eu une alternance très fréquente de prêtres et de curés. Nous essayons de commencer des parcours de pré-catéchuménat, comme dans la ville totalement islamique de Dinsho où 4, 5 ou parfois 2 ou 7 personnes venant d’un milieu islamique veulent connaître l’Évangile. Avec eux, nous abordons l’Évangile de Marc, dont on dit qu’il est le plus kérygme, et semaine après semaine, nous espérons pouvoir approfondir notre service dans cette ville où il y a déjà deux jardins d’enfants catholiques qui nous ont donné la possibilité d’être là et de continuer ainsi dans une autre ville proche ou lointaine.

P. Anh Nhue : Cette discussion sur le resserrement de l’amitié est très intéressante. De cette amitié humaine, nous transmettons celle du Christ. Merci pour ce service et cette mission qui sont les vôtres.
Voulez-vous dire quelque chose à nos lecteurs de Fides, partout dans le monde, unis dans la même mission. En tant que missionnaire au front, que diriez-vous, en particulier, aux missionnaires baptisés en Italie, en Europe ou en Amérique ; qu’auriez-vous envie de dire en tant que frère de foi ?

P. Emanuele : En tant que frère dans la foi, je voudrais remercier les lecteurs pour leur désir de savoir. Parfois, on insiste beaucoup dans le monde missionnaire pour dire que soutenir la mission signifie faire des offrandes, des sacrifices pour la mission. Je crois qu’il est très important de savoir, de comprendre ce qui se passe de l’autre côté de la planète. Je crois que c’est la meilleure façon de transformer les nouvelles que je lis en prière et de voir comment l’Église, les disciples de Jésus arrivent partout et comment partout l’Évangile a toujours quelque chose à dire.
Il est très important d’être informé, de savoir. Pour moi aussi, en tant que missionnaire, très concentré sur ma réalité de Robe, il est important de connaître d’autres contextes de mission, des contextes ecclésiaux, de voir comment des laïcs, des missionnaires, des familles, d’autres disciples de Jésus à l’autre bout du monde essaient avec passion d’apporter l’Évangile. Cela me fait grandir. Il faut savoir, être curieux ! Continuez à lire Fides.

P. Anh Nhue : Merci beaucoup, P. Emanuele, pour votre visite et pour vos paroles ! Fides s’efforce d’informer le monde entier sur la mission que l’Eglise accomplit au-delà des frontières. Si On ne connait pas les choses, on
ne peut pas ressentir l’amour, On ne se sent pas inspiré. Apprendre à connaître les frères et sœurs de la foi comme vous le faites tous dans les différents contextes, dans les hauts et les bas de la vie, les moments de maladie, de distance, mais toujours en communion avec tous les frères et sœurs de la foi. Nous prions les uns pour les autres en sachant que tant de personnes souffrent et nous partageons tout dans la communion pour pouvoir ensuite arriver à la collaboration. Merci encore et bonne continuation dans votre mission !

La préfecture de Robe, érigée par le pape Benoît XVI le 11 février 2012, a une superficie de 103 769 km2, une population de plus de 4 millions d’habitants, 1 090 catholiques, 12 églises, 8 prêtres, 35 baptisés l’année dernière.